T Jones, rappeur à Dubaï : 'Il faut provoquer les rencontres'

mardi 18 juillet 2017, par SURL. Auteur : Mathieu Bihan Retranscription et traduction : Jihane Mriouah.

Qui dabbe à Dubaï et Abu Dhabi ? Pour le savoir, on a rencontré T Jones, jeune expatrié nigérian membre actif du collectif SOS Music originaire de DubaÏ. Produire du hip-hop aux Emirats Arabes Unis étant aussi incongru que débouler en côte de maille à une soirée piscine, on est pas loin d'avoir approché les rappeurs les plus hype du moment, pour une interview en plein mois de Ramadan sous une chaleur étouffante.

La dernière fois que t’as entendu parler de Dubaï, c’est quand un pote de ton quartier se vantait d’avoir arrosé tout le monde pendant les vacances. En réalité il avait payé un Coca zéro à 12€ dans un club moyen et il s’en souviendra longtemps. Dubaï c’est le champignon qui a poussé en 20 ans dans un désert du Golfe Persique et qui présente aujourd’hui une des skylines la plus impressionnante du monde, dont le fameux Burj Khalifa, rebaptisé au nom de l’émir d’Abu Dhabi suite à la crise financière de 2008. "Doobay" compte en son sein près de 3 millions d’habitants dont 90% d’expatriés. Outre les communautés indiennes, philippines et européennes, de nombreux ressortissants d’Afrique anglophone y sont installés.

Niveau hip-hop, on ne voit de la ville que ce que les producteurs de clips veulent bien nous montrer. Bon nombre d’américains, d’anglais et de français ont clipé la bas ces derniers temps (Rim’K, Niska, Lacrim, Future…). Il y avait bien aussi ce rappeur sans talent d’origine marocaine Two Tone qui avait tenté sa chance la bas, mais on vous épargne le pire. Puis est arrivé le clip "Abu Dabbin" et son remix international, un banger léché dans l’air du temps dans lequel on découvre les visages du groupe local SOS Music (Secrecy Of Supremacy) et l’anglais producteur-rappeur Ayo Beatz. Comme une pépite d’or découverte en surface, on creuse et on découvre un collectif hétéroclite frais et bourré de talent qui anime la scène locale, qui prend du plaisir et ça se voit !

Profitant d’un aller- retour aux Emirats, on est allés à la rencontre de T Jones, membre très actif du groupe qui se livre sur la terrasse d’un hôtel de Business Bay entouré de ses amis d’Afrique Australe, bière à la main sous 42 degrés, la nuit, en plein Ramadan. La chaleur étouffante de Dubai à la fin de ce mois de juin délie les langues. Jones me confiera que les ego se découvrent dans le groupe, mais que sur scène la cohésion est parfaite, que ce sont de vraies petites stars locales qui blindent les clubs par leur présence sans faire des millions de vues sur Youtube, qu’il est proche de la scène professionnelle nigériane et qu’il connait MHD ! On se connait on se connecte ?

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Comment tout a débuté ?
T Jones : Dans le groupe, nous sommes quatre : Jones, moi-même, j’ai 26 ans je viens du Nigeria, Fresh de Zambie qui a 24 ans je crois, Elias Brown vient de Grande Bretagne et du Bangladesh, 25 ans, et Nicolas qui lui vient d'Afrique du Sud et qui a 25 ans. En fait on est tous allés à l’école au même endroit, ça s’appelle « Knowledge village » et on a développé un respect mutuel pour nos aptitudes. A l’époque, on ne formait pas un groupe mais on faisait de la musique ensemble, des featurings. Puis on a été découvert par un manager. Il nous a dit : Vous quatre, vous avez le potentiel de créer quelque chose…C’était il y a 3 ans. Ensuite on a participé au concours Beats On The Beach, nous devions gagner c’était une condition, et tout a décollé à partir de là !

Le sponsor du clip "Abu Dabbin" dit "Dubaï, the fashion and lifestyle destination", et qu’en est-il de Dubai comme destination hip-hop ?
L’industrie musicale en est encore à un stade « infantile » ici. Pour résumer, et j’espère que ce sera pas mal pris si je me trompe, mais je crois que SOS est le premier groupe qui émerge de Dubaï, grâce notamment à notre collaboration internationale avec Chip et Red Café. Donc les gens se rendent seulement compte que les choses se passent ici. Maintenant l’important c’est d’être constant, de créer du contenu et de documenter tout ça. Mais l’industrie musicale en est vraiment qu’à son début ici, c’est clair.

Covers, mixtapes, promotape (Good Morning Dubaï)… comment avez-vous diffusé ces projets ?
Nous, SOS, on est des « go-getters ». On est allé enregistrer en studio, et on a mis ça vraiment dans la tronche des gens ! On a fait des copies CD et on est allé distribuer ça sur les campus. Au début, les gens passaient leurs chemins, en mode « je n’ai pas le temps de te parler » mais on poussait quand même le CD. On allait dans les concerts, les clubs pour distribuer les CD, en plus de notre présence sur les media internet … Tout ça nous a aidé à arriver où on est aujourd’hui.

Parle-nous de l’aventure Abu Dabbin...
Ça c’est énorme. Alors ce qui s’est passé c’est qu’on avait entendu Ayo Beatz à la radio. Il bossait ici. On l’a entendu sur un segment local de la radio à Dubaï qui jouait nos morceaux aussi. Et on s’est dit, "c’est un vrai fanatique, faut qu’on travaille avec lui". Donc on l’a contacté, et il nous a envoyé le beat Abu Dabbin, on fait les couplets et il fait le refrain. Et ça a décollé ! On l’a joué à des shows et dans des clubs tout le monde kiffait surement à cause du message. Après il y a eu le remix avec Chip et Red Café, et c’est allé au niveau international, jusqu’à Miami. Ca a vraiment décollé et ça a placé Abu Dhabi sur la carte.

Il y a-t-il une autre ville dans laquelle vous voudriez dabber ?
J’adorerais dabber en Europe mec, en France, à Paris ! Dabber à Paris, voilà ce que je veux !

Vous aviez donc Chip et Red Café sur le remix. Est-ce que vous préférez la scène hip-hop UK ou US ?
Ça dépend de quoi on parle. Chacun se reconnait dans un type de morceau: tu ne peux pas jouer du grime à New York et tu ne peux pas jouer Mobb Deep en Grande Bretagne, enfin tu peux mais ils ne vont pas être en phase avec toi,. La scène UK s’est fait remarquer dernièrement, mais on est proche de la scène US parce qu’ils sont dans le game depuis longtemps et qu’elle fait référence. Ca dépend vraiment de ce que tu cherches. Je ne peux pas dire que je préfère l’une ou l’autre.

Au début de la vidéo "Abu Dabbin", vous êtes à Doha au Qatar. Ayo Beatz est dans le désert des Émirats, et vous vous donnez rendez-vous dans 30 minutes…. C’est quoi le secret ? Vous faites de la magie noire ? Téléportation ?
SOS ça veut en fait dire « Secrecy Of the Supremacy ». Donc on ne peut pas te dire comment on s’est rendu de Doha à Abu Dabi en 30 minutes ! (…) C’est la partie secrète dans SOS !

Dubai est une ville d’expatriés, de gens de passages... Comment vous faites pour exporter votre musique ? Quels sont vos projets ?
Il n’y a qu’une manière pour atteindre des endroits comme la France par exemple: c’est de collaborer avec des gens dans cette région. Il ne faut pas se fermer l’esprit. On essaie de ne pas penser de façon étriquée. Il faut vraiment provoquer la rencontre avec des gens qui pourraient apprécier ta musique, comme on a fait avec Ayo, on contacte des gens en Grande Bretagne, aux Etats-Unis… Il faut collaborer, il faut atteindre les gens et sortir de ta zone de confort. Je pense que c’est ça qui fait la différence.

Quelque chose à ajouter ?
Dans les mois qui viennent, c’est un SOS différent qui va se faire entendre. Jusqu’à présent, on apparaissait tous les 4 sur les beats. On arrive à un stade de maturité. Dans le futur ce sera peut-être seulement 2 d’entre nous, ou seulement l’un d’entre nous sur le track, mais c’est toujours SOS. Maintenant que SOS s’est fait connaître, on prendra la liberté de s’exprimer artistiquement de manière différente. On a prévu de sortir de nouveaux morceaux après le Ramadan, et de filmer quelques vidéos.

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Profitant d’un aller-retour aux Emirats Arabes, on est allés à la rencontre de T Jones,la pépite de hip-hop de Dubaï. Qui dabbe à Abu Dabbi ? Réponse ici.
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