Kaaris : ‘Il ne faut pas poser avec moi, sinon t’es grillé’

vendredi 18 novembre 2016, par Cathy Hamad. .

Est-ce qu’Okou Gnakouri n’est pas l’ultime révérence de Kaaris tel qu’on le connait ? C’est avec cette idée en tête que nous sommes allés à la rencontre du rappeur de Sevran qu’on commence à bien comprendre, l’ayant interviewé trois fois en quatre ans. Que nenni : à 36 ans, Talsadoum semble avoir troqué la glace qu’il avait dans les veines par du magma. Son évolution artistique interroge et son dernier album intrigue. Mais Kaaris, qui n’a jamais la langue dans sa poche, nous a longuement expliqué ce qu’il était aujourd’hui et pourquoi nous devions l’attendre encore demain.

Jamais deux sans trois. Alors qu’il vient de sortir Okou Gnakouri, son troisième album, Kaaris nous a accordé un nouvel entretien. Le troisième, après ceux réalisés au moment d’Or noir en 2013 puis de son second LP, Le bruit de mon âme, en 2015. Deux entretiens où le rappeur de Sevran nous avait parlé de rage, de sourire et de son parcours atypique dans le rap français. Parce qu’avant de connaitre la lumière en 2012 avec la mixtape Z.E.R.O. et son featuring légendaire avec Booba sur « Kalash », Gnakouri a charbonné dans l’ombre pendant une petite quinzaine d’années. Ce vétéran avant l’heure, qui peut se targuer d’avoir pondu l’un des rares classiques des années 2010 avec Or noir, a explosé dans le jeu avec une telle force – façon films de Michael Bay – qu’il s’est lui-même mis la barre très, très haut. De quoi susciter une vraie attente à chacune de ses nouvelles sorties, et naturellement son lot de déçus. Kaaris, qui ne supporte pas qu’on lui dise quoi faire, à cette faculté à surprendre, à tenter et, parfois, à tomber à côté. Avec Okou Gnakouri, l’artiste propose un disque varié, à son image, dans lequel il jongle avec les styles et les flows tout en n’omettant jamais de rappeler ce qu’il vaut quand il s’agit de faire dans la découpe. Entretien avec compétiteur qui a toujours su garder son sang-chaud.

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SURL : Est-ce que le masque Kaaris n’est pas en train de tomber pour laisser place à autre chose ?
Kaaris : Non, je ne trouve pas. J’ai juste une approche différente du business, c’est tout.

C’est à dire ?
Je ne me prends plus la tête. Avant, j’essayais de réfléchir à ce que j’allais faire… C’était un milieu que je ne connaissais pas donc j’étais un peu sur la défensive. Maintenant, je m’en fous.

Est-ce qu’Okou Gnakouri, l’homme, ne vient pas chasser le personnage Kaaris ?
Non, pas du tout. Si t’écoute l’album, tu verras.

Je l’ai écouté et justement, il y a des morceaux qu’on n’aurait pas imaginé trouver dans Or noir ou dans Le bruit de mon âme. Sur « Boyz N The Hood », par exemple, tu chantes de A à Z.
J’ai compris que je pouvais chanter, en fait, avec le morceau que j’ai fait pour la B.O. de Braqueurs, « Bambou ». C’était un test. J’ai trouvé que ce n’était pas trop mal et c’est à ce moment-là que ça a changé pour moi. Je ne suis pas chanteur mais je suis capable de maîtriser les mélodies et de mettre différents flows sur mes morceaux, et je vais continuer à le faire.

Okou Gnakouri est le premier de tes albums qui n’est pas composé uniquement par Therapy. Qu’est-ce que cela a changé concrètement pour toi ?
Selon moi, ça n’a pas changé grand-chose. C’est ce que je me dis en écoutant l’album. Il y a beaucoup de morceaux, même à l’époque, que je faisais tout seul en studio. Le morceau « Or noir », par exemple, je l’ai fait tout seul. « Dès le départ », je l’ai fait tout seul. Donc ça n’a pas changé grand-chose au niveau de l’enregistrement. La seule chose qui a changé, c’est que je me suis rendu compte que d’avoir des prods composées par différentes personnes, même si elles sont toutes dans le même genre, ça apporte un autre truc. Il a fallu que je travaille avec d’autres compositeurs pour vraiment m’en rendre compte.

Dans ta façon de travailler, tu as appréhendé les choses de la même façon ?
Oui, toujours pareil. Tous les rappeurs travaillent toujours de la même façon : t’appelles un beatmaker, il t’envoie une instru, tu l’écoutes en boucle puis après t’écris dessus. Tu vas en studio et tu poses.

Dans la création pure de tes albums, est-ce que Therapy 2093, en dehors de la composition, n’était pas là aussi pour dicter une direction artistique ?
Si, il le faisait à l’époque où il était encore mon producteur. Nous avions un contrat : je suis chez Def Jam depuis Le bruit de mon âme et déjà, à ce moment-là il n’était plus que mon manager. Après, le contrat de management s’est fini et il n’était plus que mon éditeur.

C’est un choix commun de ne plus travailler uniquement ensemble ?
C’est un choix d’abord par lui. Il en avait marre de la production, il voulait retourner à la composition pure et ne faire que des instrus.

Il voulait redevenir beatmaker, en fait ?
Oui, voilà. C’était plus simple pour lui vu que j’étais déjà chez Def Jam. Il est parti et il m’a laissé la bas.

Justement, on a plus de mal à voir la ligne directrice d’Okou Gnakouri par rapport à tes deux albums précédents. Il semble peut-être moins linéaire. Tu as voulu faire quelque chose de plus varié, plus représentatif de tes différentes facettes et influences ?
Oui, c’est vrai. Avec Therapy, c’est plutôt du rap dur. Et c’est ce que je sais faire – en tous cas selon moi. J’ai fait « Bambou » puis « Dans le club » avec DJ Arafat sur une instru un peu aux tempos africains, et j’ai bien aimé. Donc je me suis dit qu’il était temps de tester un peu autre chose sur cet album, et c’est pour ça qu’il y a plein de choses différentes. Faut bien que j’évolue !

C’était la direction artistique de Therapy qui t’amenait à faire des morceaux durs ?
Non, c