Il était une fois le Raider Klan

jeudi 5 mai 2016, par Cedric.

Un crew composé d’une infinité de membres, mené par un leader charismatique du nom de SpaceGhostPurrp et des lieutenants de premier rang (Denzel Curry, Chris Travis, Yung Simmie), et à qui l’avenir promettait le meilleur. Arrivés sur le devant de la scène en 2012, ils étaient censés embrasser le même destin que des collectifs comme Odd Future et la nébuleuse A$AP Mob avant eux, à savoir la gloire, les meufs et l’oseille. Au lieu de ça, le supergroupe s’est séparé, et ne survit dans le paysage médiatique qu’à travers des clashs et des embrouilles de niveau CE2. Comment on en est arrivé à un tel fiasco ? Analyse d’une débâcle commanditée par l’ego.

Ils étaient dix. Ou vingt. Peut-être même trente ou quarante. Voire plus encore. La plupart étaient rappeurs, d’autres beatmakers. Certains étaient là juste pour le kif, parce qu’ils avaient l’impression de participer à un mouvement unique en son genre. C’est vrai que le Raider Klan, c’était quelque chose d’unique. Un groupe hors du temps et des tendances, avec une esthétique particulière reconnaissable entre mille, inspirée des années 90. Dans le paysage musical de l’époque, ils étaient les seuls. Surtout dans leur fief de Miami.

Cachés derrière le bide imposant de Rick Ross et l’omnipotence du label de ce dernier, les loups sauvages du Raider voulait prendre d’assaut la ville avant de poser leurs couilles sur le front de l’Amérique, à l’aide de leur musique glauque et de leurs délires infâmes. Et ils étaient bien partis pour accomplir leur destinée. À force de multiplier les projets de qualité, ils ont fini par attirer les projecteurs sur leur travail, au point de se retrouver il y a peu encore à côtoyer des pointures du milieu. Leur chemin était tout tracé : ils devaient prendre la route du succès. C’était sans compter la folie destructrice d’un seul homme. Un leader excentrique, égocentrique et turbulent, bipolaire et rancunier qui, à lui seul, a mené le collectif à sa perte.

LE RAIDER KLAN : UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Né en 2008 dans un quartier poisseux de Miami, le Raider Klan est d’abord une affaire de famille. Quand SpaceGhostPurrp décide de monter le collectif avec ses cousins, il ne s’imagine pas que quelques mois plus tard, il sera entouré d’une galaxy de motherfuckers venant de partout et d’ailleurs, pas forcément unis par les liens du sang mais tous mus par une même passion : le hip-hop. Mais attention, pas celui qu’on a l’habitude d’entendre en radio. Nostalgiques d’une époque où la culture hip-hop se vivait en baggys beaucoup trop larges, les membres du Raider cherchent à faire revivre un rap old school aux allures morbides, reflet de leurs vies tortueuses et décomplexées. Sous la houlette d’un SpaceGhostPurrp hyperactif et ambitieux, les membres du Raider se découvrent de multiples talents : pour la musique, forcément, mais aussi pour la vidéo, le graphisme ou encore pour le marketing. Partout sur les murs de Miami, on peut retrouver ces inscriptions bizarres, « Rvidxr Klvn », qui n’ont aucun véritable sens, mais qui veulent tout dire pour une meute qui prend de plus d’ampleur. Dès lors, même si la rue reste leur terrain de prédilection et les deals scabreux leur pain quotidien, les jeunes loups se rêvent en grands manitous. Et à l’époque, ils avaient des arguments à faire valoir.