Lomepal, cette foutue perle de rap français

jeudi 1 janvier 2015, par Antoine Laurent.

En ce moment, mes oreilles suintent l’egotrip. Sans vraiment savoir pourquoi, je ne trouve de satisfaction musicale que dans de gros bangers mégalomanes et commence sérieusement à considérer Joke and co comme la digne relève du nihilisme bleu blanc rouge – en même temps, quand il balance un 16, « c’est l’carré des quatre fantastiques ». Tout ça pour dire que je suis plus du genre à rêver de me réveiller dans une nouvelle Bugatti qu’à me laisser transporter par les talentueuses proses de certains rappeurs français. Mais on m’a envoyé le nouveau CD de Lomepal et fichtre, j’me suis laissé avoir.

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On lui a raconté beaucoup d’histoires, maintenant c’est la sienne. En 2011, son premier EP – « 20 mesures » – lui avait permis de se faire un petit nom dans le milieu du rap jeu hexagonal. Le projet collaboratif « Le singe fume sa cigarette » avec Caballero et Hologram Lo’ (1995) lui avait ensuite donné une exposition supplémentaire en mettant en avant la qualité de son phrasé. Ce lundi, Lomepal sort sa dernière galette, la plus aboutie : avec « Cette foutue perle », Lomepal le parisien se la joue layback sur les prods langoureuses du pictavien Meyso. Une semaine à se passer en boucle les huit titres qu’il comporte, juste le temps de trouver les mots pour décrire ce très bon disque de rap français.

Son histoire, c’est celle d’un road trip, entre Paris et Bruxelles. « Perds le fil sereinement, fais tourner le moteur jusqu’au dernier litre d’essence. » Pas besoin de se presser, cette fois y a bien le temps d’niaiser, « Roule » donne les notes introductives d’un EP à texte où le emcee tente de « vraies proses de futuriste ». Souvent en solo, peu désireux d’être accompagné – « orgueilleux, j’me porte mieux seul à l’écart des autres », Lomepal cultive son amour paradoxal d’une solitude qui l’inspire. Porte drapeau de cette idée là, le morceau « Je sors pas » est d’une qualité rare : ses rimes structurées se greffent sur la boucle d’une production lente, mélodieuse où trois notes de trompette viennent donner le dernier souffle d’une belle track. Pas le genre de morceau à se passer en enchainant les purs malts, juste le genre de truc qui s’écoute tout seul et qu’on a hâte d’entendre à nouveau une fois la boucle d’écoute complétée.

« L’histoire d’une brute au coeur léger qui se demande un instant s’il peut se laver de ses péchés dans un bain de sang »

Quand même, le solitaire s’est entouré sur deux des huit titres de « Cette foutue perle » : Vidji, L’Essayiste et Jeanjass l’accompagnent sur « A ce soir » – dont le clip a d’ailleurs été réalisé par les copains de Dasswassup – tandis qu’Espiiem ramène sa beubar sur « Ville fantôme ». Une collaboration entre deux solistes – habitués à marcher seuls « pour ne pas se faire doubler » – qui fait mouche et qui force à tendre l’oreille pour ne pas passer à côté d’une phase pointue, tellement elles sont nombreuses à travers le morceau. Pas un son qui plaira à tous, faut dire que chacun des deux emcees est tellement particulier – perché ? – que lorsque leurs deux mondes se croisent, c’est quitte ou double. Mais bien quitte quand même, faut dire que les deux bonhommes ont une putain de plume là ou d’autres n’ont qu’un putain d’vécu.

L’egotrip, on y revient toujours au final. Sur le morceau éponyme au skeud, « Cette foutue perle », Lomepal se lâche sur un rap « confiant » introspectif – le genre de phrase impossible à être comprise si prononcée par Youssoupha. « Pour que jm’éteigne faudra m’plomber, certains s’obstinent mais impossible de voir Lomepal sombrer. » Le pâlichon se permet même de paraphraser B20 : le fameux « si tu kiffes pas reunoi, t’écoutes pas et puis c’est tout » devient « t’as qu’à fermer les yeux si tu vois rien qui te plais ». C’est plus imagé, mais ça a le même effet.

« Le paradoxe, c’est qu’faut prendre du recul pour faire avancer les choses »

Il est peut-être inutile de parler du titre « Les battements », pour la simple et bonne raison que le morceau est sorti sur la toile au début du mois de juin et que la vidéo qui l’accompagne a énormément tourné en trois mois. Vous l’avez peut-être même vu sans réaliser qu’il s’agissait du même mec dont je décortique l’EP depuis pas mal de lignes. Faut dire que lyricalement, Lomepal y sort ses plus belles acrobaties. Acrobaties mises en valeur et superbement imagées par le clip qui l’accompagne.

Peut-être ai-je été trop élogieux, je ne sais pas trop. C’est vrai que j’aurai personnellement aimé que « Citroën » ou « Coquillages » – que j’estime relativement proches – soient remplacées par un truc qui se démarquerait plus du reste du skeud. Mais au final, ça aurait peut-être entaché l’homogénéité d’un projet qui s’écoute d’une seule traite plutôt que d’apporter un réel plus. Donc non, considérant que je ne suis même pas convaincu par mes propres critiques, je ne pense pas avoir été trop élogieux. Sur SURL, nous avons collectivement décidé de n’écrire que sur des choses que nous avions apprécié, plutôt que de s’emmerder à vomir sur un truc que l’on aurait trouvé indigeste. « Cette foutue perle » de Lomepal est indéniablement un très bon disque, point.

Antoine Laurent
Coach-joueur depuis le jour un. Bougnat véritable. Paris.
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