« Demain, c’est là » ou la revanche d’Akhenaton

vendredi 23 octobre 2015, par Yassine Ghanimi. Co-auteur : Stéphane Rousset. Photos : David Maurel.

Une quinzaine d’albums en solo et en groupe, il aura pourtant suffi d’un seul titre en collaboration avec Coca-Cola cet été pour qu’une tempête s’abatte sur Akhenaton et son œuvre. On connait son palmarès et ses paradoxes, ses prises de paroles hasardeuses sur certains plateaux télé. Mais à 47 ans, Akhenaton a t-il franchement quelque chose à prouver, encore ? Le temps d’un retour vers le futur, nous sommes allés à la rencontre d’un bâtisseur passionné, pour qui finalement Demain, c’est là.

Revoir un automne. À l’heure de rencontrer Akhenaton en ce mercredi de printemps, la grêle vient de laisser place à une pluie fine et froide qui fait briller les trottoirs et pleurer les arbres. « Quand les fils de novembre nous reviennent en mai », comme disait le poète. Le leader d’IAM reçoit au cœur du Marais, dans un hôtel 4 étoiles cosy. Après en avoir traversé la cour bordée de verdure, on retrouve notre homme installé dans l’un des salons, transformé pour l’occasion en salle de conférence avec tables, chaises et viennoiseries. Sous l’œil bienveillant d’Aïcha, son épouse, les journalistes attendent patiemment leur tour dans ce qui ressemble à un marathon de l’interview. « On a pris un peu de retard » nous informe Timothée, l’attaché de presse qui nous invite à nous asseoir. L’occasion d’assister aux échanges de Chill avec d’autres journalistes. L’une d’elle le remercie chaleureusement. L’entrevue vient de se terminer en évoquant Un sourire un espoir pour la vie, l’association créée par Pascal Olmeta, qui vient en aide à des enfants malades. L’une des quatre auxquelles le rappeur a décidé de reverser l’intégralité du cachet de sa collaboration controversée avec le géant Coca-Cola. Un titre qui a suscité un tollé d’une rare violence, envers « un mec peace ».

À y voir de plus près, quelque chose cloche dans la manière dont la foudre s’est abattue sur l’un des pionniers du rap français. Un seul track suffirait-il à jeter aux oubliettes plus de deux décennies de carrière et une discographie forgée entre le socle IAM et des escapades en solitaire ? C’est le même homme qui su faire danser le Mia à tout un pays et s’érigea ensuite en Soldat de fortune chez 361 records, son label qui a contribué à faire émerger une bonne part de la scène marseillaise. Akhenaton n’a pour dire vrai nullement revendiqué une appartenance à un mouvement anticapitaliste. Ni appelé au boycott des grandes marques. Ni ressenti le besoin de se pavaner tel un Manu Chao bis dans les manifs altermondialistes. Ni préconisé façon Cantona d’aller « retirer l’argent des banques ». Celui qui nous avouera « avoir brisé la chaîne du communisme familial » se veut plus mesuré que radical. Lui préfère, ce sont ces mots, se revendiquer d’un utopique « capitalisme à visage humain, qui redistribue » sans oublier d’en dénoncer les visages les plus « sauvages ». Une façon d’ouvrir malgré lui le débat : un rappeur peut-il défendre « un » ou « le » capitalisme ?

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S’il semble facile aujourd’hui d’avoir la gâchette facile, il est certain qu’un track de 2’49 n’a pas vocation à changer la donne. Comme le rappelle Lino dans son Requiem : « La musique ne fait pas les révoltes, elle les accompagne »… au mieux. Que celui qui n’a jamais goûté le fameux soda lui jette la première canette. Ce n’est pas Chill qui est responsable de l’utilisation de l’aspartame, ce dérivé du sucre présent dans plus de 6 000 produits en Europe, y compris dans vos assiettes. Il n’a pas manqué de faire savoir yeux dans les yeux, dès sa première rencontre avec les représentants de la boisson gazeuse, son « profond désaccord » avec ce procédé (encore heureux). Il n’est pas non plus à l’origine du pompage des nappes phréatiques en Inde, qui a poussé les femmes du Kerala à sortir les griffes pour préserver leur accès à l’eau potable. Bref, au bout du bout, on ne peut pas lui reprocher d’être en contradiction… avec ce qu’il n’est pas. Alors pourquoi s’acharner à vouloir le décrédibiliser ? Ceux qui le critiquent ont-ils pris le temps d’écouter Vivre maintenant, le morceau décrié ? Certes, pas le plus mémorable que Chill ait pondu et c’est rien de le dire. Mais le track est dans la droite ligne de son dernier album Je suis en vie : celui d’un emcee bientôt cinquantenaire qui, comme dit Ox’, cherche à établir « l’impossible équilibre ». Une démarche naïve, à n’en pas douter. Mais pour sa défense, il affirme tout faire « avec le cœur sans calcul, même lorsque [son] image est en danger ». On est tenté de le croire. Et si l’enfer est pavé de bonnes intentions, mieux vaut le lui prouver plutôt que d’avoir à vociférer, en faisant semblant d’être étonné.

D’autant que sa quête d’une paix intérieure ne l’empêche pas d’avoir des convictions. Rappelez-vous : dès 1991, il préconisait un Hold-Up Mental. Selon lui, « l’art en général doit s’engager. Mais s’engager, ça ne veut pas dire aller crier ‘les flics, c’est des enfoirés ; les politiques, c’est tous des méchants’… ». Avant de soulever, avec une certaine lucidité, une question : « L’opposition frontale, est-ce qu’elle a créé une amélioration ces dernières années ? Les riches sont encore plus riches et les pauvres sont encore plus pauvres. Je pense qu’il faut passer à d’autres techniques de combat. » Voilà qui a le mérite d’être un peu plus claire sur sa position. C’est pourquoi il est un peu facile d’hurler à la « traîtrise », au « vendu » ou pire, au « complot », ce mal du nouveau siècle qui inonde la toile et qu’il tourne en dérision dans le track d’Illuminachill. C’est que « ça demande du courage d’être honnête, c’est plus lâche d’être bête… » : il avait prévenu dans Black Album (2002), son troisième solo, ne pas être « celui qui changera le ciel ou allégera le fardeau ». Force est de constater que peu ont su ou voulu retenir le sens de ses propos. Et si il fait remarquer que « les haineux s’agenouillent à la hauteur de leurs idées courtes », le malentendu ne doit pas faire oublier pour la longévité d’un parcours où résume-t-il, « tu te risques à des choses, tu trébuches, tu te relèves, et cette histoire-là, c’est ni plus que moins que la vie ». Une vie d’artiste, très tôt orientée vers le pays de l’Oncle Sam. Il suffit de jeter un œil dans le rétro pour s’en convaincre.

Les jeunes années : l’appel de l’Amérique, déjà

N’en déplaise à ses détracteurs, le leader d’IAM n’a pas rêvé durant son enfance de sillonner la Sierra Maestra ou les rives du Congo aux côtés du Che. Son imaginaire il le façonne entre l’Asie, le monde arabe et l’Amérique. Philippe Fragione voit le jour le 17 septembre 1968 dans « cette ville située en face de l’Afrique », Marseille, d’un père informaticien à la Sécurité sociale et d’une mère secrétaire. Un gosse de la middle class qui après le divorce de ses parents, grandit aux côtés de sa mère, à Plan-de-Cuques, commune proche de la citée phocéenne.

Né d’un père communiste et d’une mère catholique pratiquante, il n’est pas bercé outre mesure par les enseignements du Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx. Entre 1980 et 1984, c’est la Musique qui l’éveille : son parrain notamment, batteur dans un groupe amateur, lui fait écouter des heures durant des cassettes et des vinyles en tout genre, un loisir conçu comme fondamental pour son éducation. Au seuil de son adolescence, un ami lui offre pour ses 12 ans un disque de Sugar Hill Gang : Jam Jam. Un souvenir qui restera à jamais gravé en lui : « Ce fut la gifle musicale de ma vie. Ce morceau m’a retourné le cerveau. À partir de 1981, je suis devenu un auditeur assidu de l’émission de rap Startin’ Black sur Radio Star. Le jour fatidique, je me postais devant la chaîne et j’enregistrais. À ce moment-là, je n’imaginais pas un instant rapper, j’étais dans la position du fan, avide de découvrir une culture musicale mais sans aucune ambition artistique. »

Plusieurs membres de sa famille vivent aux États-Unis. Il entend parler du pays lorsqu’ils viennent rendre visite à ses parents : son intérêt devient une obsession. Un pays qu’il ne connaît pas encore mais qui le fascine déjà : « J’étais à ce point obnubilé par l’Amérique qu’à l’âge de 12 ans, je fis promettre à ma tante de m’y emmener quand j’en aurais 16. » En 1984, année où débarque à la télévision Hip Hop de Sydney, Philippe a 16 ans. Le napolitain est taquin : pour s’amuser, il écrit ses premiers jets : un « texte fun, léger, pour charrier mon ami Omar et les copains de La Castellane après un match de foot (…). Le rap m’est venu d’une frustration, d’une urgence et d’un impératif : me faire une place dans le mouvement hip-hop. » À une époque où le break dance était la discipline reine, il se sentait « hors compétition : je suis un piètre danseur. Je continuais donc à écouter du rap, mais je sévissais via le tag et le graff ». Des années cruciales où comme tout adolescent, il cherche à se construire une identité. Au collège déjà il « voulait être différent, original, dans le vent / ça criait l’Amérique dans tous mes vêtements » dira-t-il plus tard. Il se souvient des premières réactions « moqueuses » car « en ce temps-là, porter une casquette n’était pas commun ». C’est durant l’été de la même année qu’il passe des mots aux actes : il s’en va passer un mois chez sa tante, de l’autre côté de l’Atlantique, pour découvrir de ses propres yeux le pays dont il a tant rêvé.

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Ce voyage va être un tournant pour Chill : de retour en France, celui qui « a eu l’Hexagone alors qu’il rêvait de New York » s’investit corps et âme dans le rap, une passion qui ne cesse de le dévorer. Il parvient ainsi à entrer en contact avec le seul animateur qui popularise le genre à Marseille au début des années 1980 : un certain Philippe Subrini. Il raconte : « Un jour, alors qu’il animait une spéciale sur New York, je me suis décidé à passer un coup de fil au standard de Radio Sprint pour partager mon expérience. Ils m’ont pris à l’antenne en direct et j’ai raconté mon séjour. Dans la foulée, il m’a invité à assister aux émissions. J’ai sympathisé avec lui. » Il est l’un des rares à pouvoir se targuer d’être à la pointe des nouveautés d’outre-Atlantique. Et tisse des liens avec des réseaux locaux qui partagent son addiction : c’est par le biais de Radio Star qu’il rencontre Eric Mazel, a.k.a DJ Kheops.

La tentation du retour est alors trop forte : il décide de s’installer là-bas, lâchant au passage « ses études pour un prétexte bidon ». Il relatera ces deux années et demie de sa vie dans NYC Transit, un morceau où il déploie une écriture très cinématographique. Il enregistre en 1986 « un premier six titres » et signe AKH dans les métros de la ville. Peu le savent mais le « p’tit Rital dans les ghettos d’la Grosse Pomme » s’inspire déjà des pointures du moment (Big Daddy Kane, Kool G Rap, Rakim…) et parvient même à signer son premier contrat discographique en 1989, chez une filiale de Def Jam Recordings, le plus gros label de rap américain de l’époque. Un Chill plus prêt que jamais à faire L’Americano. Mais « tel un superstitieux qui prend le hasard au sérieux » il retourne ensuite au bercail. « Kheops me téléphone et me convainc de revenir en France… » Une autre histoire l’attend.

La chute de l’Empire romain

La génèse d’IAM s’articule autour d’un noyau dur forgé à la fin des années 1980 : Philippe (Akhenaton), Geoffroy (Shurik’n), Éric (DJ Kheops) et Pascal (Imothep). Ils forment un groupe nommé B-Boy Stance, qui enregistre des démos au studio Le Petit Mas à Martigues. Ils côtoient l’un des crew phares de la citée phocéenne : le Massilia Sound System, une formation reggae occitane qui les invite souvent à faire les premières parties de leurs tournées. En 1988, l’un des membres du Massilia leur propose d’enregistrer un premier album autoproduit, via un huit pistes cassette. Chill précise : « On avait fait de nombreux concerts, mais nous n’avions jamais rien fixé sur bandes. » Ce premier projet qu’ils intitulent sobrement Concept, voit le jour avec des moyens dérisoires. La pochette, intrigante, est faite à la main à partir de collages où se mélangent des références à l’histoire africaine et asiatique. Composée de 13 titres, la cassette sera confiée à Rockin’ Squat d’Assassin. Une aubaine qui éveille la curiosité des maisons de disques, dont Warner via son patron Michel Coletti, qui leur propose de faire la première partie de Madonna. Les voilà propulsés du jour au lendemain devant 17 000 personnes à Bercy, quatre soirs durant, sans rien avoir signé. Bien qu’absent de Rap attitude, le groupe signe un premier contrat avec Labelle Noire, une filiale de Virgin. Il enregistre son premier album De la planète Mars (1991) entre le 1er arrondissement de Marseille, le studio Mix It à Paris (un endroit cher à la scène rock alternative) et le studio Easy à Londres, propriété de Peter Gabriel du groupe Genesis. Il raconte : « C’était le soir du 24 décembre, il y avait toute la crème de la pop londonienne… et de la coke partout ! Nous étions assis là, les yeux ébahis, avec nos blousons Starter. Des filles s’asseyaient sur nos genoux et nous embrassaient. On avait l’impression de contempler la chute de l’Empire romain… ». Le disque obtient alors un résultat inespéré, réunissant 70 000 adeptes.

En 1993, le crew récidive avec le très ambitieux Ombre est Lumière, le premier double album de l’histoire du rap français. Pourtant les choses auraient pu tourner tout autrement : Labelle Noire, qui avait parié sur le premier opus, s’est montré plus réticent à l’idée du second. Le groupe frappe donc à la porte de Delabel, via Laurence Touitou, qui devient l’ambassadrice du projet. Ils vont aussi recevoir l’appui de l’équipe de Radio Nova. Akh précise : « Jean-François Bizot nous aimait beaucoup, nous étions ses chouchous. Il nous assurait une sureprésentativité en région parisienne parce que plus de la moitié des ventes de nos disques se situe à Paris et dans sa région. »

Dès l’été 1992, IAM s’était réfugié à Aix-en-Provence au studio La Blaque : « C‘est en fait une maison où on dort à l’étage dit Chill. À cette époque je continuais à faire des conneries. Cela me sort de cette spirale. Dans ce studio ensoleillé, j’avais l’impression de laisser mes emmerdes à Marseille… ». Une ambiance bon enfant qui dure jusqu’au printemps 1993. Juste le temps d’assister au coup de boule de Basile Boli donnant la victoire à l’OM en Ligue des champions et déjà, l’heure des choix : une centaine de titres sous le bras, dont une quarantaine sera retenue dans la version finale. Le mix dure deux mois, au Green Street Studio à New York : « C’est notre première véritable expérience américaine et nous en gardons d’excellents souvenirs » confie un Chill nostalgique. Pour lui, ce double album très diversifié représente le mieux l’esprit du groupe. Sur un sample de Give Me The Night de George Benson, une version du Mia plus funky que celle présente sur le disque voit le jour un peu par hasard. Un clin d’oeil aux codes vestimentaires des années 80 (Stan Smith, survêtements Tachini, trois-quarts en cuir, mocassins Nebuloni, bagues et chaînes en or…) aux classiques du funk (Cameo, Midnight Star, Sos Band, Delegation ou Shalamar) et aux modes capillaires de l’époque (nuque longue, coupe afro, dreadlocks). Sorti en 1994, le single fait danser la France entière. Il s’arrache à 600 000 exemplaires : « Nous étions en tournée à l’Ubu de Rennes quand la maison de disques nous a annoncé que le titre était numéro 1 des ventes de singles ». Il sera en pôle 35 semaines d’affilées, bien aidé par les gros diffuseurs. D’un groupe prometteur de la scène rap, IAM devient le groupe populaire par excellence. Un succès qui les dépasse. La tournée qui suit est triomphale mais laisse des traces : « J’avais du mal à respirer » avoue-t-il. Face à un tel tsunami, les premières critiques ne tardent pas à émerger. On leur reproche d’être devenu « commercial ». IAM répond avec Reste Underground, un track de 6 minutes aux antipodes des formats convenus, où AKH défend son intégrité artistique face « aux petits juges de l’underground ».

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Après quatre ans d’absence, le troisième album, l’ultra-classique L’École du micro d’argent, est un retour aux fondamentaux. Kephren, Kheops et Imothep s’installent à la Friche de la Belle en mai, l’endroit même où ils ont fait leurs gammes. L’enregistrement y est anarchique et après quatre mois passés avec Dan Wood et Nick Sansano, le groupe revient à Marseille, dépité. « Le son était trop arrangé, on voulait un album brut et martial ». Il décide de tout reprendre à zéro en dénichant une perle : Prince Charles Alexander. Une pointure qui a collaboré avec Biggie sur les classiques Ready to Die (1994) et Life After Death (1997). Lui connaît bien le style brut, épuré, qu’ils recherchent. Les studios Omega à Paris abritent la session d’enregistrement. Le résultat dépasse toutes les attentes. Un raz-de-marée inégalé : disque d’or dès la première journée. Saturation dans les bacs. Le million symbolique sera atteint. Et une Victoire de la Musique en 1998 qui vient récompenser le « meilleur album de l’année » toutes catégories confondues. Quoi qu’on pense de cette récompense, elle est amplement méritée.

« Les gens appellent ça la liberté, moi j’appelle ça du vol »

L’Everest atteint, l’engouement pour les trois lettres ne peut que s’estomper. Tout en douceur. Rangés, les millions de disques vendus. « Autre temps, autre mœurs » : la nouvelle donne est plus fragile. La crise frappe le marché du disque, le rap n’y échappe pas. Place désormais au buzz et au téléchargement (il)légal dont les albums Revoir un printemps (2003) et Saison 5 (2007) vont en pâtir, tout en restant des gros succès. Chill en profite d’ailleurs pour passer un coup de gueule : « Ce que nous on doit subir, aucun autre corps de métier ne le supporte. Si un artiste réagit par rapport au téléchargement, il se fait automatiquement incendier sur Internet dit-il. Bon, les gamins de 16 ans je leur en veux pas… par contre, les fournisseurs d’accès qui depuis des années engrangent des millions avec la pub ou des sites qui pendant des années ont été illégaux, ont touché des millions sans jamais rien reverser aux artistes… ça, ça me pose un gros problème. Les gens appellent ça la liberté, moi j’appelle ça du vol. » Pour autant, IAM n’a pas à s’inquiéter : la fan base solide lui reste fidèle en dépit d’albums moins tranchants, plus liftés, voir naïfs. Les prophètes du rap hexagonal restent avant tout humains et comme toute belle histoire, la leur connaît des remous. En 2009, Freeman claque la porte du groupe, non sans aigreur envers Akh, pour tenter l’aventure en solitaire.

Malgré tout les « derniers samouraïs de l’école impériale asiatique » privilégie le sabre au costume : « Tout pour la rime, sans concession » encore et toujours. Ils le prouveront six ans plus tard avec la sortie d’Arts Martiens. À l’origine, un nouvel album devait voir le jour en collaboration avec Ennio Morricone, l’emblématique compositeur des western spaghettis de Sergio Leone, dont le crew s’est librement inspiré sur la compilation de Kheops Sad Hill. Mais le projet tombe à l’eau pour de sombres histoires de droits. Six mois de travail de samples du célèbre compositeur partent à la poubelle. Après « un jour d’abattement » la machine se remet en route dans un contexte qui ressemble à celui de L’École du micro d’argent. Retour au bercail. Chacun dans ses studios s’enferme, écrit, compose. Vient le temps des arrangements, des débats, des choix. Le groupe n’est jamais aussi bon que lorsqu’il crée dans l’urgence. Avec un résultat impressionnant : en quatre mois à peine, 43 morceaux réalisés dont 17 armeront l’opus. On retrouve là des ingrédients perdus avec le temps : du pep’s, des automatismes, des formules qui font mouches. Un logique disque d’or, un de plus au compteur, récompense le travail fourni.

Reste à savoir où se situe l’avenir pour celui qui écrivit Demain c’est loin. Pour les plus cartésiens de ses détracteurs, le temps aura eu raison de Philippe Fragione. De sa plume et de sa verve. Les autres se plaisent à se demander si à une époque où le rap français n’a jamais aussi bien affiché sa diversité, le leader d’IAM ne serait pas au contraire encore plus centré avec son époque. On vous donne des éléments de réponse dans la seconde partie de notre entretien, à paraître très bientôt.

Article rédigé à quatre mains par Stéphane Rousset et Yassine Ghanimi, illustré par les superbes photos de David Maurel.

Yassine Ghanimi
Gardien du temple comme on en fait plus. Chercheur en histoire, mention rap. Grenoble.
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