Que manque-t-il aux concerts de PNL ?

mercredi 8 juin 2016, par Cedric. Photos : inhori_.

C’est donc le festival We Love Green qui a eu la chance d’accueillir le premier véritable concert du duo qui affole les foules depuis près d’un an, à la faveur de deux albums qui ont bouleversé les règles bien établies du rap game hexagonal. PNL, Peace ‘N ‘Lovés pour les intimes, était très attendu par le public venu en masse sur la pelouse boueuse du Bois de Vincennes. Si, dans l’ensemble, l’ambiance était là, on aurait pu s’attendre à mieux pour leur première grande scène. On vous explique pourquoi.

Personne ne s’attendait vraiment à voir PNL en tête d’affiche de cette édition 2016 du festival We Love Green, et pour cause : le groupe n’a encore jamais vraiment donné de vrai concert. Tout juste promène-t-il son style si particulier dans des showcases où les places ne sont briguées que par les initiées. Nous étions d’ailleurs au Palais de Tokyo, le 31 octobre dernier, pour leur toute première apparition sur scène. We Love Green, c’était l’occasion pour le groupe de voir sa trogne affichée un peu partout, et de toucher un public plus grand, plus large. C’était aussi l’occasion pour les fans de vibrer à l’unisson avec le duo des Tarterêts, malgré le froid et la boue.

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RÉUNION DE FAMILLE

Programmés à 19h45 précises sur la scène principale du Festival, les deux rappeurs se font attendre. Beaucoup sont venus exprès au festival juste pour les voir, et patientent depuis 19h dans la fosse afin d’être juste sous le nez des deux stars du soir. Une mousse à la main, ça discute de l’influence de PNL dans le rap jeu et de leurs derniers morceaux. Alors que l’heure du concert approche, on n’est pratiquement plus capable de voir un centimètre de boue au sol : la bauge a été remplacée par des paires de Stan Smith et de Air Max.

20h. La pression commence à monter. À chaque fois qu’un type pénètre sur scène pour tester le matos, la foule se fait entendre : le public, aglutiné devant la scène principale, est bouillant. Et les deux lascars se font toujours attendre. On en profite pour essayer de choper une bonne place histoire de faire des photos pas trop dégueulasses. Quand on arrive face à la scène, c’est le moment qu’a choisi le duo pour apparaître face au parterre de fans. Cris de joie. Groupies en chaleur. Sauts dans la boue. Que le spectacle commence.

Un public présent, une prestation un peu molle

Véritable succès du groupe, « J’suis PNL », l’un des titres phare de leur deuxième album, se fait entendre autour de la scène principale du Bois de Vincennes. Pas étonnant alors de voir le groupe commencer leur prestation par ce morceau qui, juste après « Le Monde ou rien », a confirmé qu’un ouragan était bien en train de tomber sur le nez de ceux qui ne nous lisent pas depuis mars 2015. Devant un public acquis à leur cause, qui n’hésite pas à crier des « khey, khey » étouffés sous la puissance des baffles, Ademo et Nos sont rois. Les deux frères ne récitent pas des tracks : ils entonnent des hymnes et oui, nous pesons nos mots. Quand des milliers de personnes accompagnent les morceaux qu’ils connaissent au mot près, ils ont le sentiment d’appartenir à quelque chose. À un clan, au camp du « pas comme eux », à cette si chère « famille » dont il est question dans chacun de leurs textes.

Les morceaux s’enchaînent et le groupe joue ses plus gros tubes – 90% de leurs titres en sont. De « J’vends » à « Porte de Mesrines » en passant par « Abonnés », l’alchimie entre les deux bougres est remarquable. Chaque fois que l’un prend le micro et récite son couplet, l’autre en profite pour allumer son joint, peinard. Ça fait kiffer un public hétéroclite composé de jeunes et de moins jeunes, même si certains faisaient la gueule parce qu’ils ne pouvaient pas voir les deux rappeurs vêtus tout de blanc pour l’occasion. Mais si la complicité des deux rappeurs fait plaisir à voir, le tout manque de folie, d’énergie. De surprise. On les voit bien quadriller les quatre coins de la scène en faisant des aller-retour au fil de leur couplet respectif mais c’est bien peu pour créer une vraie connivence avec un auditoire qui, lui, est en fusion. Entre chaque morceau, on a bien droit à une petite vanne lancée amicalement aux chicos et aux chicas répandus dans la foule, ou encore à des sermons sur l’importance de famille #QLF, mais c’est léger. On pourrait arguer que leur musique ne se prête pas à ça. Simplement, si on n’a pas grand chose à leur reprocher concernant leurs interprétations – on peut pardonner le playback – on était en droit d’attendre plus de fantaisie de leur part, surtout dans le cadre d’un festival. Ça ne suffit plus de faire des sourires et de prendre des selfies avec son smartphone, le public en arrière plan. En 2016, on s’attend à de l’intensité, à une totale communion avec un public qui connait leurs phases sur le bout des doigts. Leurs sons transcendent tout le monde, sauf eux. Et passer des bouts de leurs clips sur les écrans géants n’a fait qu’augmenter la distance entre le public et les deux artistes.

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Mention assez bien

Avoir devant soi des milliers de gens chanter à tue-tête leurs tubes devrait provoquer plus que l’envie de s’allumer un oinj discrètement sur le coin de la scène. Au final, ce premier vrai concert était dans la droite lignée de leurs showcases : sympathique, agréable, mais pas sensationnel. On aurait pu s’attendre à mieux. S’il y avait de l’ambiance, c’est avant tout parce que le public en était à l’origine. On sent bien qu’ils ont essayé de dépasser leurs limites pour proposer un peu plus à leur audience, mais leurs tentatives étaient bien trop timides.

On ne demande pas la lune aux deux frères de PNL. On leur demande juste de sortir de leur zone de confort. Pour un premier concert, on aurait pu s’attendre à tellement mieux de la part de mecs qui arrivent à faire déplacer des milliers de personnes sur un terrain boueux. Il a fallu attendre la fin du show et l’interprétation du magistral « DA » pour voir les deux rappeurs plus libérés. Peut-être parce que leurs potes avaient envahi la scène et qu’ils se sentaient plus à l’aise. Ou peut-être avaient-il le sentiment d’avoir accompli quelque chose. On ne saura jamais ce qu’il y avait dans la tête des deux rappeurs à ce moment là mais ce qui est certain, ce que désormais, ils seront plus attendus que jamais, lors de leur prochaine grande date. On prend déjà rendez-vous.

Cédric Lenerand
Concocte des litres imbuvables de punch coco. Les troque contre du love. Lyon.
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