Lil Uzi Vert : la relève est dans les starting blocks

mardi 23 février 2016, par Kévin. Photo : Spike Jordan.
À l’heure où les carrières se font et se défont au rythme des basses de 808, nombreux sont les rappeurs qui essaient de creuser leur trou. Alléchés par les Young Thug ou Fetty Wap ayant réussi à transformer leurs hits éphémères en livraison continue de gros billets, les concurrents sont nombreux et la lutte féroce. Au milieu du peloton, quelques échappées fournissent pourtant des indices sur les vrais champions de demain. Lil Uzi Vert est une de ces étoiles montantes parties pour briller plus fort. A-t-il de quoi suivre les trajectoires tracées par ses modèles ?

Vous l’imaginez, on a notre petite idée sur la question : Lil Uzi Vert faisait partie de notre sélection des 16 visages qui feront 2016. Le rappeur représente cette nouvelle génération éponge qui s’est immergée dans le rap des années 2010 et ses multiples courants. À ces influences variées s’ajoute un certain amour pour la musique d’Atlanta, chemin le plus court pour transformer son rap en oseille à l’heure actuelle. Présent au concert en hommage au défunt A$AP Yams, Lil Uzi Vert était censé représenter ces artistes que le leader d’A$AP Mob n’avait jamais rencontré en personne, mais aurait pu aisément adouber. Sur ce socle hypothétique, une chose est sûre : l’homme de goût du Mob aurait visé juste.

Petit Uzi deviendra grand

Si Lil Uzi Vert a grandi dans le nord de Philadelphie, ses prestations vocales lorgnent sans rougir vers des horizons sudistes. Biberonné au rap depuis la naissance – sa grand-mère possédait des copies des albums de Mike Jones et Bow Wow – sa livraison s’est rapidement orientée plein Sud. Sa première claque musicale ? Un album des Ying Yang Twins, soldats de l’ère crunk qui doivent tant à Lil Jon, offert par cette même grand-mère. Autant dire qu’il ne fait pas partie de ces MC qui cherchent à faire croire qu’Illmatic leur a tout appris. On ne s’étonnera donc pas des lyrics hédonistes aux accents autotunés de ce rappeur qui porte un grand respect à Wiz Khalifa. Les amoureux de textes léchés passeront leur chemin. Ceux qui apprécient un certain rap sans complexe, accrocheur et dynamité peuvent ouvrir grand leurs bras.

Il ne s’en cache pas, son envie de rapper lui vient avant tout d’une volonté de faire de l’argent, vite et bien, et de quitter enfin un système éducatif qui ne lui inspire rien. Pour ce gamin de la génération Youtube, le lifestyle vendu par ses rappeurs préférés a autant pesé dans la balance que son goût pour la musique. Sa carrière a d’ailleurs commencé au culot. Jugez plutôt : n’ayant jamais livré un seul couplet de rap, il se dégote une place en studio avec un ami. Après avoir maintes fois menti à son pote sur ses capacités, il finit par se retrouver derrière un micro et lâche un track qui laisse son homie pantois. Ainsi commence la carrière du jeune Symere Woods.

Rapidement surnommé « le petit Uzi » en raison de sa capacité à livrer des prestations vocales à cent à l’heure, il s’inscrit ainsi dans la lignée de certains spitters de Philly dont l’étendard est Meek Mill. Pour autant, comme beaucoup de jeunes de sa génération, aucune école ne prédomine dans les influences de Lil Uzi Vert. Fan de Marylin Manson, dont il apprécie autant l’état d’esprit que la musique, il est passé par une phase rock adolescente, de My Chemical Romance à Paramore, qui a laissé des traces dans son attitude. Lorsqu’on lui demande ses intentions de ce rap game aux multiples facettes, sa réponse est sans équivoque. Il compte devenir la première « Trap Rap Rockstar ».

Le grand frère

Argent, argent, et quelques envolées sur ses exploits et déboires avec le sexe opposé. La trajectoire de Lil Uzi Vert entre en orbite l’an dernier, après avoir été invité par Carnage sur le banger « WDYW ». En bonne compagnie avec A$AP Ferg et Rich The Kid, il monopolise l’attention sur un morceau qui devient rapidement Lil Uzi Vert featuring tous les autres. S’il ressemble dans le clip à un gamin ébahi qui ne sait pas bien ce qu’il fait là, il a depuis pris l’assurance qui convient avec ce mode de vie qui l’attirait tant. Déjà repéré par certains avec sa mixtape The Real Uzi sortie en 2014, il n’a fait que prendre de l’envergure au cours des mois qui ont suivi. Puis, en fin d’année dernière, il sort le projet Luv Is Rage qui a fait grand bruit. Le voilà assis dans la classe des artistes sur lesquels il faut désormais compter.

En dehors de son rappeur favori Wiz Khalifa, le seul invité de la tape se nomme Young Thug. Difficile de ne pas parler du phénomène Thugger lorsqu’on s’intéresse au rap de Lil Uzi Vert. Si l’énergumène d’Atlanta est une des influences que l’on ressent le plus en écoutant sa musique, bien que leurs tessitures de voix soient assez différentes, la jalousie n’existe pas entre les deux bonhommes. Young Thug l’a d’ailleurs invité en intro de sa mixtape Slime Season 2 sortie l’an dernier. Depuis, les collaborations entre les deux artistes n’ont pas cessé. Interrogé sur cette relation, Lil Uzi Vert affirme que Young Thug l’a beaucoup conseillé dans son travail, notamment sur le placement de sa voix. Une influence désormais réciproque selon ses dires, puisqu’il ne serait pas le dernier à assister Thugger à l’écriture et aux flows. Si l’affiliation semble toute naturelle, on ne peut que se réjouir à l’idée de voir l’un devenir la muse de l’autre. Et réciproquement.

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Une étoile filante ?

Dans une scène ou les prétendants au trône ne manquent pas, comment être sûr que Lil Uzi Vert ne repartira pas aussi rapidement qu’il est venu ? La réponse vient peut-être du titre « Paradise » qui clotûre sa dernière mixtape. Cette ballade très pop détonne étonnement avec le reste du projet. Le refrain sans autotune, les flows chantés-rappés, autant d’éléments qui viennent souligner une fois de plus la capacité de Lil Uzi Vert à absorber puis digérer tout ce qui lui passe sous la main. Difficile alors de croire qu’il s’arrêtera en chemin, tant son potentiel semble vaste et les possibilités infinies.

Si certains artistes passent quelques années dans l’incubateur avant de venir marquer les esprits – cf le cas Post Malone –, Lil Uzi Vert semble déjà prêt. Avec lui, la relève ne se prépare pas : elle est là. Adoubé par son principal modèle artistique, on voit mal ce qui pourrait stopper cette balle lancée à pleine vitesse. La livraison de Lil Uzi Vert ne plaira pas à tous, et son style ne révolutionnera pas la musique qu’il revendique. Le jeune rappeur est plutôt là pour enfoncer le clou. Et nous assurer que la musique d’Atlanta a encore de beaux jours devant elle, continuant de permettre à de jeunes artistes méritants de faire fortune. Fallait-il en douter ?

Kévin
Aussi à l'aise et pertinent en rap US qu'en énergies renouvelables. Thésard. Toulouse.
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