La face cachée de Travis Scott

mardi 25 août 2015, par Cedric. Photo cover : Steven Wiggins.

C’est une affaire qui risque de faire grand bruit dans le rap jeu. À quelques jours de la sortie de Rodeo, le premier album de Travis Scott, un homme, Shane Morris, montre les dents sur Twitter. Il menace de balancer à la face du monde le vrai visage de Travis qui, selon lui et de plus en plus d’autres, est un imposteur, coupable notamment de s’être approprié des morceaux qui ne lui appartenait pas. Et d’autres trucs bien pire qui pourraient mettre à mal la carrière d’un rappeur… dont on ne sait pas vraiment tout. Mais qui est vraiment Travis Scott ?

Dans la nuit de jeudi à vendredi, il y en a un qui a dû avoir les oreilles qui sifflent. Jacques Webster, plus connu sous le pseudonyme de Travis Scott, a été pris à parti sur Twitter par un type du nom de Shane Morris – qui, au passage, ne s’arrête plus depuis. Pour ceux qui ne le connaissent pas, à savoir la majorité d’entre nous, Shane Morris n’est pas un énième rageux qui arpente les forums hip-hop pour y déverser sa haine sur les rappeurs qu’il n’apprécie pas. Bien au contraire. Ancien rédacteur pour le site Earmilk, pionnier de MySpace et aujourd’hui propriétaire d’une boite qui accompagne les artistes dans leur carrière, Shane n’a pas vraiment la tête du mec qui va chercher à foutre en l’air des artistes. Son rôle, à lui, c’est de les faire briller. Et c’était le but qu’il s’était fixé avec Travis.

« SANS GÉNIE », MAIS PROCHE D’ÊTRE « QUELQUE CHOSE DE SPÉCIAL »

Retour en 2012, quand Tumblr était encore à la mode. Dans un post publié sur la plateforme, Shane révèle les dessous de sa rencontre en janvier 2010 avec le tout jeune pas-encore-mais-presque-rappeur de Houston. Il donne sa version d’une rocambolesque et très détaillée histoire, celle qu’on vous retranscrit aujourd’hui dans les lignes qui suivent.

À l’époque, Travis fait partie du groupe « Travis x Jason » un duo qu’il forme avec OG Che$$. Ils cherchent à se faire connaitre et envoient leur musique à toute les adresses mail qui tombent sous leur radar. Parmi elles, celle de Shane. Il serait l’un des seuls – sinon le seul – à leur répondre. Sans prendre de gants, cet ancien animateur radio leur dit ce qu’il pense de leur album, Cruisin : c’est « mauvais » , « sans génie » mais tout de même « proche de donner quelque chose de spécial »…

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Parce qu’il décèle du potentiel chez les deux rappeurs, surtout chez Travis, Shane reste en contact avec eux. Au téléphone, par e-mail, et peut-être même par MSN – à vérifier… oh wait – il va leur donner, pendant plusieurs semaines, des conseils sur leur musique et leur écriture, prenant comme modèle le groupe de rock The Cars pour leur manière de structurer leurs morceaux et de raconter des histoires. En bon élève, Travis applique les recommandations de Shane et en août 2011, il lui envoie « That B!tch Crazy ». La révélation. Ni une ni deux, celui qui est encore rédacteur pour Earmilk le poste sur le blog. Et contacte, selon ses dires, tout son réseau. En quelques jours, le morceau se retrouve sur toute la blogosphère hip-hop. Tous ceux qui entendent le track sont dithyrambiques, les employés du label Virgin Records s’enflamment : Travis is « the next big thing ». Convaincu du talent du Texan, Shane l’introduit aux gens qui comptent, ceux qui peuvent faire de lui une superstar. Un documentaire centré sur sa personne serait même en tournage et début 2012, les deux déménagent à Los Angeles. Sur place, tout est apparemment fait pour que Travis puisse exploiter son talent. Il peut profiter gratuitement du studio qui est mis à sa disposition et rencontre de nombreux artistes, tous plus ou moins affiliés à Shane, parmi lesquelles Nelson London (The Strokes), Ryan Ross, Juicy J et Ke$ha. Rien que ça.

Dans ce cadre idyllique pour tout jeune artiste, le bronco s’améliore. En entendant pour la première fois le morceau « Analogue », Shane pense que le rappeur a le potentiel pour devenir « bigger than famous ». Et le temps lui donnera raison. Après de nombreux mois de travail, des sessions de studio à enregistrer des morceaux pour Owl Pharaoh sur iPhone, des disputes et des réconciliations, Travis signe un contrat de 876 000$ avec Kanye West. La consécration. La reconnaisse d’un travail de sape abattu à la sueur de son front. Sauf que le deal aurait été signé dans le dos des mecs qui l’ont aidé à se construire. Pas impossible quand on sait que Travis, peu réputé pour sa loyauté, a salement lâché son binôme OG Che$$. Mais pourquoi, que reproche t-il au juste à Travis Scott ? Réponse : de l’avoir lâché comme une merde. Et, spoil, d’être un voleur, un manipulateur, et même pire.

IL ÉTAIT UNE FOIS JACQUES WEBSTER

Qui mieux que Travis Scott peux raconter Travis Scott ? Dans toutes les interviews qu’il a donné, le natif de Houston raconte comment « il s’est fait tout seul ». Il a à peine 3 ans quand son papa lui achète sa première batterie, son premier contact avec la musique. Il grandit en apprenant à y jouer puis délaisse cet instrument au profit du piano. Sa période Mozart ne durera pas longtemps puisque selon ses propres termes, « ça ne fait pas mouiller les salopes ! ». Il quittera donc le piano pour devenir beatmaker. Avec son pote, il monte un groupe et en devient le producteur attitré.   Ce qui était un passe-temps pour ramener les filles dans son lit deviendra une passion puisqu’à 17 ans, il s’y mettra sérieusement, s’attirant, à force de travail, le regard – et l’oreille – de pontes du milieu.

Pas vraiment fait pour les études, Travis quitte l’école et part s’installer à New York, où il retrouvera son pote Mike Waxx de chez Illroots, puis à Los Angeles avec un ami. Sur place, son pote le lâche, et il se retrouve seul dans la ville, sans une thune. Dégoûté, il essaye de faire son comeback dans la maison familiale mais reçoit comme accueil un glacial : « Get the fuck out my house, you’re not about to do shit, you about to be a bum. » Sympa. Il prend alors la décision de retourner à L.A. et, magie du cinéma, alors qu’il se trouve, seul, livré à lui même et sans le sous dans la dans la ville des Lakers, Travis reçoit 14 messages de T.I. Réaction : « Je ne sais pas comment T.I. m’a découvert. J’uploadais de la musique sur Internet, et les blogs les ont publié. C’est tout. » La suite n’est qu’un enchaînement de bonnes choses pour lui. Des sessions studios avec T.I.P, qui donneront le fameux « Lights (Love Sick) », de l’argent dans le porte monnaie grâce à la vente de ses beats, son nom sur des blogs musicaux très connus, et un appel. Celui qui l’amènera à rencontrer Kanye West.

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Début 2012, Travis rencontre le boss de G.O.O.D. Music dans un Taco Bell. Pour la petite histoire, le taco était dégueulasse. Mais l’essentiel n’est pas là. Lors de ce dîner gastronomique, Kanye et Travis ont fait plus que partager un repas très calorique et peu goûteux, ils sont devenu « amis », introduisant ainsi le petit rappeur de Houston chez les grands. Le suivant comme une ombre, Travis participera à la conception de Cruel Summer, posant même quelques verses sur l’album et mettant la main à la pâte sur la production de quelques morceaux. Ça y est, Travis avait fait le grand bond : il était passé de rien à Grand Hustle, et de Grand Hustle à G.O.O.D. Music. Et bientôt, il allait être faire partie de la XXL Freshman Class de 2013, aux côtés de ScHoolBoy Q, Action Bronson, Ab-Soul et Joey Bada$$. Pas mal pour un mec que personne ne connaissait deux ans auparavant. Une progression fulgurante qu’il ne doit qu’à lui même, son talent et l’expérience acquise auprès de Kanye West, qui lui a permis de sortir une mixtape en tout point géniale, Owl Pharaoh.

La suite on la connait : une autre mixtape, tout aussi fantastique selon les critiques, Days Before Rodeo, et un album qui sort dans les jours qui viennent, Rodeo, dont la pochette représente une poupée à l’effigie du rappeur qui sera aussi disponible à la vente – avis aux nostalgiques d’Action Man. Une success story à l’américaine comme on les aime pour un self made man que Rozay ne renierait pas. Tout semble aller pour le mieux pour Travis, qui s’apprête à enflammer la planète hip-hop avec son futur album. Si seulement il n’y avait pas eu les tweets incendiaires de Shane Morris ce jeudi 20 août 2015.

LE VRAI VISAGE DE TRAVIS SCOTT… OU PAS ?

Retour en 2012. Dans son post publié sur Tumblr, Shane Morris dévoile une facette de Travis que peu de personnes connaissent – à part peut-être les natifs de Houston. Selon l’ancien animateur radio, Travis serait un voleur. Et un menteur. En plus d’un lâcheur. Pris sur le fait entrain de voler des morceaux qu’il a enregistré avec Nelson London, le rappeur s’est défendu en arguant qu’il avait produit la majorité des titres. Ce qui est faux, selon Shane. Travis finit par s’approprier les amis dudit Shane pour pouvoir avancer en oubliant complètement l’apport de ce dernier. Le point de non retour sera atteint le jour où à une soirée, Shane tombe au sol, prit dans une infernale crise d’épilepsie. Au lieu de le secourir, Travis aurait détalé. L’épilepsie, c’était déjà l’une des raisons pour lesquelles Travis n’aurait pas voulu de Shane comme manager. Ambiance lors d’une discussion préalable à un rendez-vous prévu avec T.I. : « How do I know you’re not just gonna be shaking on the ground and shit ? »

Le seul argument que Travis aurait trouvé pour écarter celui qui l’a aidé depuis le début, c’est sa maladie. Pour Shane, Travis est un être méprisable. En plus d’être un menteur et un voleur, il a un comportement déplorable. Et pire encore, il n’est pas reconnaissant. Pour Owl Pharaoh, le rappeur aurait essayé de voler les productions de deux autres artistes. Ces derniers, vexés au plus haut point, auraient essayé de saboter le projet.

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Presque trois ans après avoir ouvert son coeur sur sa situation avec Travis, Shane Morris reprend la parole pour évoquer son ancien poulain. Si Travis l’était vraiment… Parce que si l’ascension de Travis Scott n’est pas à prouver, les tweets assasins de Morris le sont. « Violeur », « voleur », « manipulateur » : les accusations sont nombreuses et Morris menace de tout balancer à Gawker, une fois le fameux Rodeo sorti pour, peut-être, son dernier show. Il a des preuves, et même des photos, qu’il a commencé à poster au compte goutte sur son compte Twitter.

Mais est-ce que ce qu’il dit est vrai ? A-t-il réellement les moyens de mettre en danger la carrière du rappeur, qui vient de recevoir le soutien de son idole Kid Cudi ? Qui est vraiment Travis Scott ? Ça, nous le saurons probablement le 4 septembre, jour de la sortie de l’album. À moins qu’un chèque ne passe par là. Parce que ce que Shane Morris souhaite avant tout, c’est la reconnaissance. La paternité du monstre qu’il a crée. La paternité de Travis Scott.

Cédric Lenerand
Concocte des litres imbuvables de punch coco. Les troque contre du love. Lyon.
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