Bones, rap gothique & folie créatrice

jeudi 10 décembre 2015, par Cedric.

Il nous a fallu une bonne demi-journée pour télécharger toute la discographie de Bones, a.k.a. The Kid, a.k.a The White Rapper. S’il devait mourir aujourd’hui, le jeune rappeur originaire du Michigan laisserait un héritage conséquent pour ses fans. Vous trouviez un mec comme Gucci Mane productif ? Bones est certainement à des années lumières. À seulement 20 piges, le jeune rappeur a déjà sorti plus de 40 projets. Avant qu’il ne perce définitivement, partez à la rencontre avec le rappeur le plus productif du rap game.

« Cher Bones, pourrais-tu arrêter de sortir des mixtapes toutes les 2 semaines ? On aimerait finir l’écoute de tes 3 derniers projets et enfin finir notre papier qui t’est consacré. Bisous. La rédaction ». Voici le message que l’on aurait pu envoyer à Bones pour souligner le fait que ce dernier enchaîne les projets à un rythme tellement intense qu’il nous est presque impossible de le suivre dans ses pérégrinations musicales. Et pour cause, son déménagement à L.A. a été le déclencheur de sa folle aventure musicale. Loin de la pauvreté artistique du Michigan, Bones se découvre et rencontre les membres de sa future écurie : la #TeamSESH.

Bandant d’être indépendant

Fat Joe avait son Terror Squad, Tyler, The Creator son Odd Future, Bones, lui, a sa #TeamSESH. Et apparemment, c’est pour la vie. Malgré les sollicitations des majors, et les ponts d’or qui lui ont été proposé, Bones n’a jamais quitté son crew. En même temps, il ne pourrait pas être plus heureux qu’avec sa bande de copains. Ils partagent le même amour pour la musique sombre, à l’esthétique lo-fi un peu gothique. Inspirés par les Three 6 Mafia, poussés par certains membres du Raider Klan, la #TeamSESH chante un rap sordide teintée par la déliquescence des années 90. Il n’y a qu’à regarder leurs clips pour s’en convaincre, tournés le plus souvent à la Super 8. Un rap qui s’affiche en VHS style Harmony Korine et s’écoute un 9mm entre les mains.

L’horrorcore prôné par Bones et ses apôtres, leurs thématiques axées sur la drogue, les meufs, les bijoux et les voitures de luxe, tout est là pour plaire aux majors. Mais Bones a choisi de s’en écarter de peur qu’on fasse de lui un ersatz de Mac Miller ou de Machine Gun Kelly. En clair, un autre rappeur blanc à la mode. Pire encore, son passage en major aurait provoqué une complète refonte de son style lugubre. Ce qu’il refuse catégoriquement. Plutôt que de prostituer sa musique et son esthétique, Bones a choisi de l’ouvrir au plus de monde possible, d’abord en ne proposant que des projets gratuits, ensuite en sortant des mixtapes et des EP à un rythme effréné. En 2015, aucun rappeur n’aura été plus productif que lui. Ni en 2014. Et devinez quoi ? Ni en 2013. Cette liberté de sortir des disques quand bon lui semble ne lui aurait jamais été accordée en major. Et il le sait.

De Larry Clark à A$AP Rocky

De toute façon, en 2015, avec Facebook, Twitter et Youtube, qui a encore besoin des majors ? Si il est toujours utile d’avoir une roster derrière soi, quand on a une très grande fan-base, comme la #TeamSESH, rien ne peut t’arrêter. Plutôt que de trainer dans les bureaux d’Universal, Bones et ses potes préfèrent chiller dans les skate parks de L.A., baladant leur jeunesse sur 4 roues comme les gamins du film Kids de Larry Clark. Cette désinvolture juvénile, à tendance « Do It Yourself » est ce qui fait leur force, puisqu’ils savent qu’ils n’auront de compte à rendre à personne. Leurs clips bricolés à 4 mains, leurs samples piqués à droite à gauche – ces cinglés ont même samplé la voix de la boîte mail d’AOL qui dit « You’ve got mail » – leur originalité, c’est ce qui fait leur essence. Et force est de constater que ça plait.

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En 2014, Bones se voit ainsi propulsé sur le devant de la scène. Il vient de sortir Garbages, une mixtape de 17 titres avec des featurings de Xavier Wulf, Eddy Baker et Spooky Black. Dans la forme, c’est du Bones pur jus : des morceaux assez courts, des titres complètement absurdes et sans espaces – Augustin Baron doit se retourner dans sa tombe – mais surtout, son esthétique, toujours plus macabre. Ce qui rend cette sortie un peu spéciale c’est que Garbages est la mixtape qui va le faire connaitre aux yeux du grand public. De Fader à Pigeons & Planes, en passant par RESPECT, on parle de sa tape. Et de façon plutôt élogieuse. Le public découvre son style à part, perdu entre la mélancolie d’un Yung Lean et l’harassante froideur meurtrière d’un Lil Ugly Mane. Le monde de la musique le découvre aussi. Le 7 mai 2015 il fait l’ouverture d’un concert de Shlomo. Lui qui est habitué des concerts punk, ça a dû lui changer. Mais surtout, le 26 mai, il se retrouve sur l’album d’un gros artiste américain. Un certain A$AP Rocky.

Des beats venus de Russie

Ceux qui ont saigné le dernier album d’A$AP Rocky savent sûrement déjà qui est Bones. S’ils ont eu la curiosité d’aller se renseigner sur ce mystérieux guest à la voix caverneuse exécutant le refrain du sombre « Canal St ». Tombé sous le charme du morceau « Dirt »A$AP en a extrait le sample et le refrain, sur conseil de feu son inspiration, A$AP Yams. Le Pretty Flacko a tellement kiffé le personnage, qu’il l’a amené avec lui sur la scène de Jimmy Kimmel pour un live endiablé de « Canal St. » Cet épisode illustre à lui seul tout le parcours accompli par Bones.

Qui aurait cru que ce gamin originaire du Michigan, qui passe ses journées dans sa chambre à fumer des blunts et taffe avec du matos vieux comme le monde se produirait un jour sur le plateau de Jimmy Kimmel. Même lui n’y croit toujours pas. Son parcours et celui de la #TeamSESH est tellement atypique que la trajectoire qu’il prend à tout d’un rêve.

Celui qui rappe sur des beats venus d’Italie et de Russie, envoyés gratos par des jeunes beatmakers admirateurs de son style, peut voir encore plus loin. Son featuring avec A$AP Rocky lui a ouvert pas mal de portes. Il pourrait « sodomiser tous les réseaux sociaux » rien qu’avec un nouveau feat de rappeur célèbre. Mais pour l’instant, il n’y pense pas encore. À la gloire et tout le reste. Pour l’instant, il ne pense qu’à la musique. SA musique. Et, devinez quoi, il pense déjà à la sortie de son prochain projet. Forcément, on ne devient pas le rappeur le plus productif du game en passant son temps à retweeter ses fans.

Cédric Lenerand
Concocte des litres imbuvables de punch coco. Les troque contre du love. Lyon.
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