Chronique – Snoop Lion – Reincarnated

samedi 11 mai 2013, par Vincent Broguy.

Il y a un an, quand Snoop Dogg annonçait un changement de nom et de direction musicale, il avait pris tout le monde de court. Cette annonce était tellement surprenante que j’avoue avoir cru à une blague sur le moment … Pourtant, 12 mois et des poussières plus tard, l’album du Lion est à portée d’oreilles, accompagné  d’un documentaire sorti dans quelques salles obscures.

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Tout commence en 2012, lors d’un simple voyage en Jamaïque, durant lequel le Snoop rencontre Bunny Wailer, ami de Bob Marley, et gourou de la musique rastafarie. Subjugué, il décide d’embrasser la cause. Il enterre alors le chien pour devenir un lion, symbole fort dans la culture rasta, qui fait référence au sacre de l’empereur Haïlé Sélassié en 1930, mais trace également un parallèle entre les dreadlocks et la crinière léonine. Dans le documentaire on y retrouve un Snoop apaisé, peut être l’effet de la weed locale consommée à tout va,  qui épouse la culture jusqu’à se faire baptiser lors d’une cérémonie religieuse. Il s’explique à propos de ce virage à 180°, il se dit fatigué du rap jeu et espère trouver dans le rastafarisme quelque chose de beaucoup plus positif.

[highlight] »I was at the forefront of the most violent time in hip hop… that’s what forced me to find a new path and I found peace; I am still Snoop (motherfucking) Dogg ‘til I die but when I make my reggae music I am in the light of Snoop Lion »[/highlight]

 

Sa conversion fait l’objet de beaucoup de commentaires négatifs : certains de ses fans et de critiques n’y voient ici en fait qu’un simple plan marketing et l’accusent de vouloir focaliser l’attention sur lui. Un peu dur, même si on doit reconnaître que ces dernières années on n’a pas vraiment pu voir son talent s’exprimer, lui s’est contenté de featurings hasardeux (ce, hum, titre avec Jean Roch m’a fait de la peine) et souvent à limite de l’intéressement. Alors qu’en est-il de cette Reincarnation ?

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Enregistré dans le courant de l’année 2012, cet album a été produit en grande partie dans les Studio de Diplo, en Jamaïque. Il est en fait le producteur exécutif donc il est tout fait naturel de retrouver des sons signés Major Lazer. Snoop Dogg  Lion s’est également entouré d’Ariel Rechtshaid et Dre Skull pour le coté production. Il n’a pas oublié de convier au passage une ribambelle d’artistes : Drake, Chris Brown, Busta Rhymes, Akon, Rita Ora, Mavado, Popcaan, Mr. Vegas, Collie Buddz et Miley Cyrus ainsi que Cori B., sa propre fille. Pour quelqu’un qui affirme être la réincarnation de Bob Marley, je trouve bizarre qu’on ne capte pas plus de collaborations avec des pionniers de la musique reggae : ici, aucun des invités cités n’apporte le côté lutte et authentique.

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En fait on ne pas parler de d’album reggae ici mais plutôt de fusion. Certains morceaux à l’image de « Ashtrays and Heartbreaks » et « Torn Apart » sont plutôt mainstream , mais restent de bonne qualité et plairont forcément au plus grand nombre. En tendant l’oreille, on accueille quelques sonorités roots et références Reggae / Dancehall avec plaisir. Diplo a kiffé sampler les classiques de la musique reggae en ajoutant sa touche personnelle . Le titre de « Dont smoke the seed » de 1984 se transforme en un « Smoke the Weed » anthem à la marijuana. Assisté de son comparse Collie Buddz, dont le nom est aussi un hommage à l’herbe, le Lion arrive a dompter le rythme : c’est la chanson où il est définitivement le plus à l’aise, se risquant même au patois jamaicaïn. Sur « Fruit Juice » en feat avec Mr Vegas, c’est une boucle du Sleng Teng Riddim qui est reprise. Ce titre avait , en 1985, instauré les bases d’une révolution dans la musique digitale en Jamaïque.

Côté lyrics, la plupart des tracks font l’éloge de la marijuana, considérée comme un sacrement dans la communauté, mais ça Snoop le faisait déjà avant. Puis de toute façon, fumer de l’herbe ne fait pas de vous un rasta, pour autant que je sache. Terminé en tout cas les paroles explicit, d’ailleurs vous remarquerez qu’il n’y a pas d’avertissement sur la pochette de l’album.

[highlight] »Rasta music is all about love and positivity, not shooting, beating people up and riding and killing. I get that and I want that, that’s the kind of record I want »[/highlight]

 

 « No Guns Allowed » en est le parfait exemple, on est loin de la violence des quartiers de Los Angeles et à des années lumières de « Nuthin but a G Thang ». Dans ce morceau Snoop Lion prône tout simplement la paix, en dénonçant la violence souvent engendré par l’appât du gain. C’est avec sa fille Cori B. qu’il délivre ce message. Touchant, sans plus.

[highlights] »Love is the cure, courage is the weapon you can use to overcome. »[/highlights]

 

Sur « Lighters Up » il en appelle à l’unité accompagné de Mavado et PopCaan représentant chacun leur quartier jamaicaïn. Malheureusement ce n’est que pour la durée de la chanson, mais il aura le mérite d’avoir essayé.

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C’est dans le documentaire ,très bien réalisé d’ailleurs, qu’on revient sur les raisons qui l’ont poussé vers cet univers et la réalisation de ce projet. Lors de son périple, il se rend tout naturellement à Trench Town, qui a vu naître les mythes Peter Tosh, mais surtout Bob Marley. Il rencontrera of course son fils Damian et Bunny Wailer, qui l’adoubera. On a forcément le droit a la visite d’une plantation secrète où l’herbe est plus bien plus verte qu’ailleurs. Snoop Dogg revient aussi sur les moments clés de sa vie  sa jeunesse à Long Beach, ses activités de gangster et hustler, sa collaboration avec Dr Dre et la mort de Nate Dogg. Le documentaire permet de rentrer plus facilement dans l’ambiance de l’album :le voir avant de vous plonger dans l’écoute de l’album est conseillé, car des pistes comme « Fruit Juice » ne peuvent être vraiment expliquées qu’après avoir vu le document.

Sans grosse surprise, Snoop nous propose une vision un peu limitée du reggae et ce n’est pas vraiment son domaine de prédilection,  mais ça reste quand même un album correct. Essayez de dépasser les lyrics un peu bisounours ou maladroits et dites-vous que les invités assurent de bonnes prestations dans l’ensemble.

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