Freshmen XXL 2010 – Que sont-ils devenus ?

jeudi 1 janvier 2015, par Sylvain Caillé.

Depuis 2008, le célèbre magazine cainri XXL s’amuse à élire chaque année une sélection non-exhaustive de dix rappeurs en passe de devenir incontournables. Au fil des années, cette sélection a pris de l’ampleur, au point de devenir une référence dans le milieu : les Freshmen XXL Of The Year. Chaque année, ces bleus représentent l’avenir de la nation en terme de rap.

Après deux listes totalement différentes, XXL semble enfin avoir trouvé sa marque de fabrique. Si la première édition était un peu vieillotte, celle de 2009 s’est avérée nettement plus convaincante, et en phase avec son époque. Penchons nous désormais sur la sélection de 2010. Sur les dix rappeurs promis au succès, combien suscitent encore l’attention cinq ans plus tard ? Qui a réussi ? Et qui s’est planté ? Début de réponse ci-dessous.

JCOLE
2010

Lorsque J. Cole intègre la League des Freshman Extraordinaires, il n’a déjà – presque – plus rien a prouver. Après deux grosses mixtapes lâchées dans la nature, le jeune Jermaine signe sur Roc Nation, le label de Jay-Z. A l’aise. A la fois rappeur, beatmaker et, cerise sur le ghetto, diplomé de l’université, le gamin est polyvalent, ce qui plait à Jay Hova qui pense tenir entre ses mains le futur crack qui rendra accro toute l’Amérique. Première bonne nouvelle pour le boss de Roc-A-Fella et son investissement,  J. Cole fait partie l’année suivante des 10 Mcs les plus chaud choisis par le magazine XXL. Le début de la consécration ?

2014

Auréolé de son nouveau statut de rappeur à suivre, Jermaine se lâche et s’éclate dans le rap game. Pendant que d’autres se reposent sur leur lauriers J. Cole fait le taff et multiplie les projets et les collaborations. Avec son activité parallèle de hit-maker, nombreux sont les rappeurs à faire appel à ses services. Son hyperactivité se concrétise logiquement avec la sortie de deux nouveaux albums. D’abord « Cole World : The Sideline Story », sorti en 2011, qui se vendra à 660 000 copies au total. Et ensuite « Born Sinner » sorti en 2013 et probablement le projet le plus abouti du rappeur à ce jour, qui se vendra à 297 000 exemplaires en une semaine. Pas dégueulasse comme score, surtout quand on sait qu’il est sorti en même temps que le Yeezus de Kanye, et pas loin de MCHG de Hov. Fun Fact, si Born Sinner se fait déboiter les premiers jours par l’album de Kanye, il va finalement prendre l’ascendant sur ce dernier, et ce dès la troisième semaines. Les derniers chiffres quant à eux indiquaient qu’à la mi septembre 2013, le LP s’était écoulé à plus de 600.000 galettes aux US. Propre. Et prometteur pour son prochain projet.

Résultat : Pass

Malgré les critiques – certains trouvent qu’il est ennuyeux sur les bords, parfois trop stéréotypé  – J. Cole fait sa route tranquillement dans le rap game. Il ne fait pas de vagues, ne s’affiche pas avec n’importe qui. On ne l’entend pas, sauf quand il est derrière un microphone. Et c’est tant mieux, car  comme disait Booba, dans un français plus qu’approximatif « ceux qui ne parlent pas je ne me méfie que de eux ». Rappeurs, rappeuses, vous êtes prévenus.

JAYROCK
2010

Le schéma de début de carrière de Jay Rock est à peu près le même que celui de Kendrick Lamar. Partagé entre le rap et le gangbangin’, le Californien rejoint finalement le TDE en 2005, deux ans après K-Dot. Quelques mixtapes plus tard, en 2007, il signe un deal avec Asylum et Warner via TDE. Un des premiers gros contrat de Top Dawg. Et là les choses vont s’enchainer. Un hit avec Lil Wayne et Will.i.am, de solides tapes et un label florissant lui ouvriront les portes des Freshmen. A cet instant précis Jay Rock semble être la pépite du TDE, devant les Lamar, Q et compagnie.

2014

Jay Rock s’est entre temps définitivement engagé dans l’engrenage TDE. En 2010, suite à de nombreux reports de son premier LP, il quitte le confort de distribution offert par Warner pour aller voir du côté obscur de la force, sur Strange Music, label underground de Tech N9ne. Plus de liberté de mouvement mais des ventes décevantes qui feront de Follow Me Home – sorti en 2011 et écoulé à 5300 copies la première semaine – un des albums les moins bien vendus sous la marque Top Dawg Entertainment. Pas un problème de qualité puisque l’album défonce, mais plutôt un soucis de branding. Depuis 2011, Jay Rock donne tout pour son label. Il se plie à la stratégie du groupe et n’a rien sorti depuis son LP. Rock participe tout de même à toutes les tournées et pose régulièrement des couplets sur les projets de ses compères. C’est d’ailleurs l’unique privilégié à figurer sur le désormais classique « Good Kid M.a.a.d. City ». Son nom est à jamais associé à ce LP grâce à son excellent couplet sur Money Trees. Les choses évoluent donc pour Jay Rock, même si on a parfois l’impression qu’il est mis en retrait en comparaison de ses camarades de label. Son heure de gloire devrait venir bientôt. En effet selon une interview donnée par Anthony Tiffith – CEO de Top Dawg – en juin 2014, le rappeur serait le prochain à sortir son projet, après Isaiah Rashad, Schoolboy Q, SZA et Ab-Soul cette année. Vu le contexte favorable, on peut d’ores et déjà miser une pièce sur la qualité de ce deuxième album.

Résultat : Pass

Jay Rock n’est pas le MC le plus attractif de cette promo ou de son label. Il n’en reste pas moins un très bon rappeur, volontaire et engagé auprès de ses camarades du TDE. Même si il n’a pas vraiment explosé, son premier album était de qualité. De plus il a su très bien s’entourer – combien de rappeurs rêveraient aujourd’hui d’être sur Top Dawg – et nul doute qu’il aura le succès qu’il mérite en temps venu.

PILL
2010

Tout avait très bien commencé pour Pill. Ce pur produit d’Atlanta avait fait rugir le hood avec sa première mixtape « 4180 : The Prescription » et son tube Trap Goin Ham. Un projet de bourrin approuvé par Sir Andre 3000 himself. S’en suit une signature sur Warner Bros et une seconde tape fin 2009 dans la lignée de la première, intitulée 4075: The Refill. Jusque là tout va bien. Fort de son succès et du soutien influent de puissants rappeurs, Pill intègre la team XXL Freshman 2010.

2014

Suite à sa nomination, c’est l’effervescence autour du prodige d’A-Town. Une troisième tape, des collabs avec Freddie Gibbs, Killer Mike ou encore Mark Ronson, mais surtout son rapprochement avec le label de Rozay en février 2011 suite à un deal croisé entre Warner et MMG. Pill est dans tous les bons coups, il participe activement au Self Made Vol.1 aux côtés des fidèles généraux du gros Rick. Sauf que voilà, Pill n’est pas vraiment un membre de Maybach Music. Il ne participe pas aux tournées du groupe, ne communique pas avec Rick Ross et voit ses collègues et principaux concurrents – Meek Mill et Wale – lui griller la priorité sur le devant de la scène. Irrité d’avoir le cul entre deux chaises – Warner et MMG – il délaisse la bande à Rozay en janvier 2012 soit moins d’un an après son arrivée. Par la même occasion il fait un fuck à Warner pour retourner dans l’underground le plus profond. Depuis c’est le trou noir. Une dernière mixtape fin 2012, quelques feats avec Yelawolf en 2013, Trinidad James en 2014 et puis c’est tout. A l’image de son site internet qui ne fonctionne plus, Pill est un produit obsolète aujourd’hui. Et on voit mal comment le rappeur d’Atlanta pourrait redresser la pente.

Résultat : Fail

Avec son nom ungooglable, Pill n’aura jamais explosé. Il n’a pas profité de son moment de hype. Et que dire de son erasmus totalement foiré sur MMG ? Trop occupé à jalouser ses copains rappeurs plutôt qu’a défendre son bout de gras. Non franchement, pas grand chose à redire sur ce fail d’XXL.

FASHAWN
2010

Lors du dévoilement de cette cuvée, Fashawn fait office de petit prodige. Sorti il y a quelques mois auparavant, son album « Boys Meet World » est encensé par la critique et classé dans le top 3 des sorties hip-hop de l’année. Avec un réseau solide, le natif de Californie traine avec la clique d’Evidence et The Alchemist, s’invite sur des featuring et fait la une des magazines. Il représente la nouvelle génération underground made in LA. Signé sur le label indépendant One Record, Fashawn a une vision différente de la musique que ses camarades de classe. Il pioche des samples jazzy, cherchant la mélodie et non la punchline, ce qui fait la différence. Cependant, sur sa conception de la propagation de la musique, signer sur un grand label a toujours été peu concevable.

2014

Depuis quelques années, Fashawn a disparu des radars et n’a toujours sorti aucun album depuis… 2009. Il a droppé quelques projets dont un en collaboration avec Murs – qui a eu de plutôt bons retours – et toujours des mixtapes, dont les dernières sont sans grandes saveurs. Aujourd’hui sur Mass Appeal, le label de Nas, son deuxième album solo est enfin en préparation. Il devrait voir le jour avant la fin de l’année, une aubaine pour le rappeur qui compte rattraper le temps perdu et nous prouver que son silence n’était pas un oubli.

Résultat : Fail

Malheureusement, la carrière de Fashawn n’a pas décollée. Promis à un statut de all-star dans sa ville natale, il est toujours le petit prodige qui n’a pas su gravir les échelons. Agé de 25 ans, il a encore le temps pour s’affirmer même si avec la concurrence actuelle, il devra se montrer plus productif. Son nouvel album sera un tournant capital dans sa carrière. La renaissance ou l’oublie.

BIGSEAN
2010

Tout le monde connaît l’histoire du grand Sean. En 2005, le rappeur de Detroit fait ses armes sur une radio locale quand un jour, Sir Kanye est de passage pour une interview. Ni une ni deux, Big Sean saute sur l’occasion et force Yeezy – déjà réticent à l’époque – à l’écouter rapper. 16 bars plus tard, West est conquis. Il repart avec la cassette de Sean sous le bras. La suite on la connait. En 2007, soit deux ans après sa rencontre salvatrice, Big Sean signe sur G.O.O.D. Music. Après une première tape la même année, il se fait un nom petit à petit. Bien entouré, il sort sa seconde mixtape en 2009. XXL décèle le potentiel d’un champion et le signe illico chez les Freshmen.

2014

Pour bien préparer le terrain, une troisième tape sort en août 2010, soit quelques mois après sa nomination. Celle-ci regroupe des gros noms de la scène rap du moment comme Drake, Curren$y, Asher Roth ou encore Chiddy Bang. Un an plus tard, son premier LP Finally Famous voit le jour. Produit majoritairement par No I.D., le projet regroupe bon nombre de featurings mainstream pour booster les ventes. On retrouve ainsi Kanye West, Chris Brown, Wiz Khalifa, Lupe Fiasco ainsi que Rick Ross et Nicki Minaj dans la version deluxe. Sous l’impulsion de nombreux singles, l’album se vendra à plus de 378 000 exemplaires. Pas mal pour un premier jet. Mais on a tout de suite cette impression que Big Sean est un artiste assisté. Sans ses beatmakers du G.O.O.D. Music, son mentor Kanye, ou ses featurings tendance, le type ne vend rien. En 2012, il devient l’artilleur officiel de Kanye West aux côtés de Pusha-T sur le crew album Cruel Summer. L’occasion de se retrouver sur les deux plus gros hits du projet, Mercy et Clique qui s’écouleront à plus de deux millions d’exemplaires chacun. Parfait pour accroître sa côte de popularité. C’est donc avec beaucoup de confiance qu’il lâche son deuxième album solo – Hall Of Fame – à l’été 2013 qui fera pas mal parler de lui grâce à son morceau promotionnel Control. La recette est la même que pour le précédent: l’ensemble est supervisé par No I.D., et on retrouve quelques gros feats pour doper les singles. Sauf que cette fois ça fonctionne nettement moins bien puisque le LP s’écoule difficilement à plus de 100 000 copies. Dur. Surtout qu’on sent un Kanye de plus en plus en retrait avec son poulain. L’émancipation s’annonce compliquée.

Résultat : Pass

Big Sean a parfaitement su tirer profit des Freshmen. Il a entre temps sorti deux albums et pas mal de hits qui se seront bien écoulés. Aujourd’hui il fait des feats avec les gros noms de l’industrie mainstream. C’est une réussite commerciale – en atteste la bouillie sans saveur servie sur Hall Of Fame. Toutefois on sent que si Kanye West lâche son poulain en vol, celui-ci aura énormément de mal à s’en tirer tout seul. Affaire à suivre.

DONNIS
2010

Originaire de Californie mais élevé à Atlanta, Donnis écrivait déjà ses premières rimes à l’âge de neuf ans. Partagé entre le rap et l’armée, il joint finalement la Air Force où il passera plus de deux ans basé au Japon. Mais voilà, tourmenté par son choix de carrière, Donnis fait machine arrière. Il revient à Atlanta et se consacre pleinement au rap. Et d’un coup, tout fonctionne. Une première mixtape remarquée déclenche la convoitise des labels. De Def Jam à Jive, Asylum en passant par Downtown Records, tout le monde se l’arrache. C’est finalement Atlantic Records qui aura le dernier mot en 2010, le rappeur déclarant à ce sujet « they makin’ the most money and makkin shit happen ». Attiré par ce condensé de vocoder-japonism-hipster et son Graduation style, XXL n’hésite pas à le placer sur sa cover des Freshmen 2010 alors que l’ATLiens ne compte qu’une mixtape à son palmarès. Propre.

2014

Alerte enlèvement, plus personne ne sait ce que fait Donnis depuis un an. Après quelques tapes supplémentaires et un EP sorti sous Atlantic Records en 2010, le rappeur a complétement disparu de la sphère du hip-hop. Son dernier projet Southern Lights, bien que très réussi remonte à 2012. Il n’a finalement jamais sorti d’album, la faute à un mauvais choix de label. Ce n’est pas la première fois qu’Atlantic Records gèle la carrière d’un rappeur. Enfin, son récent featuring avec Bassnectar est inaudible. Le pire, c’est qu’il est de plus en plus compliqué de trouver des informations actuelles sur le personnage. Bon avec quelques recherches, on l’a retrouvé sur Twitter sous son vrai patronyme. Mais c’est à croire que le type se cache.

Résultat : Fail

Il faut se rendre à l’évidence, Donnis n’est plus rappeur à plein temps. Parfois utile pour lâcher un hit ou deux, il n’a pas réussi à rebondir après sa Freshmenisation, et on peut dire que sa maison de disque le lui a mis bien profond. Aux dernières nouvelles, il faisait la promotion d’une marque de vêtement appelée AirLandSea. En fait, il aurait peut être du rester dans l’armée

WIZ
2010

S’il y en a un qui n’a pas volé sa place chez les freshmen de 2010, c’est bien Wiz khalifa. Avant même d’être plébiscité par les gars d’XXL, le gamin originaire de Pittsburgh est adoubé en 2006 par le célebrissime magazine Rolling Stone, qui en fait un des Mcs à suivre dans le futur.  Il faut savoir qu’à ce moment là, Wiz Khalifa n’a qu’une mixtape et un album sous le coude. Et n’est connu, à priori, que des lycéens et des gens bien avisées de sa ville. Ce qui fait la différence avec Wiz, c’est bien évidemment son personnage, enfumé comme un bar à chicha. Le mec a quand même réussi à faire mieux – pire ? – que Snoop Dogg dans ce domaine. Mais ce qui va définitivement asseoir la réputation de Young Khalifa, c’est bien sa présence sans limite en studio, sur les réseaux sociaux et les scènes de sa ville. Le gamin est partout. Mais vraiment PARTOUT. Alors que sa consommation plus que régulière de cannabis devrait en faire une loque humaine, le rappeur va sortir pas moins de 9 projets entre 2006 et 2010, année de sa nomination. Pratiquement personne n’aura fait mieux que lui en un laps de temps si court. Une vraie performance de martien, qui justifie sa présence dans cette promo 2010.

2014

Le Wiz Khalifa de 2014 est bien différent de celui de 2010. Pourtant, tout avait bien commencé pour lui. Surfant sur le buzz de sa nomination, Wiz sort Kush & Oranges Juice, considéré aujourd’hui encore comme sa meilleure tape. A ce moment précis du jeu, tout va bien. Porté par Black & Yellow, son plus gros single ever, le rappeur est au sommet de son art. Il est considéré par les amateurs de rap et mieux encore, par ses collègues rappeurs. On lui prédit alors une grande carrière et les meilleures bad bitchs du pays. Mais c’était sans compter sa volonté de se faire de gros sacs de biff dans le rap game. Et comment atteindre cet objectif real quick dans le monde merveilleux du peura ? En se prostituant, c’est-à-dire en devenant commercial. A partir de Rolling Papers, tout va partir en couilles. Alors qu’on se dit qu’il va sortir un putain de classique, c’est tout le contraire qu’il se passe. La pauvreté créative de l’album interpelle. Il ira même jusqu’à écrire une lettre pleine de fragilité destinée à ses fans pour s’excuser de son taff. Rolling Papers se sera malgré tout écoulé à plus de 800.000 copies au total. Comme quoi, plus c’est nul et plus les gens aiment. Revanchard, Wiz promet de mettre le paquet sur O.N.I.F.C. et s’entoure de grands noms pour prouver à tous qu’il n’est pas devenu un collabo. Big fail. Malgré les guests, il réussit à sortir un projet encore plus pourri que le précédent. Sur le plan commercial il s’en sort puisqu’il vendra plus de 350.000 copies de cet opus au total. Mais le public ne s’y trompe pas, Wiz Khalifa n’a plus ce qu’il faut dans le ventre. Il s’essouffle. Heureusement pour lui son écurie tourne plutôt bien, avec les signatures de Ty Dolla et Juicy J. Malgré la lettre, l’émouvante missive contre son propre travail, il va continuer à s’enfoncer dans les profondeurs du rap commercial en sortant des morceaux calqués sur les modes du moment, en atteste un Blacc Hollywood mi-trap mi-pourri, qui a fait la joie de 90 000 personnes une semaine après sa sortie. Des fous.

Résultat : Pass

Sur le plan purement artistique, c’est un gros gros fail pour Wiz Khalifa qui n’a fait que s’enfoncer depuis Kush & OJ, son classique perso. En revanche sur le plan commercial, bien qu’en régression ces dernieres années, Wiz est une vache à lait. Et c’est bien ce qu’on lui demande. Enfin, surtout son (ex) femme Amber Rose, qui lui réclamerait près d’un millions de dollars dans leur divorce.

FREDDIE
2010

Si on regarde attentivement la liste XXL 2010, Freddie Gibbs est l’un des rappeurs qui a le plus à démontré. Il ne jouit pas d’une grande popularité. Il se met en avant grâce à ses mixtapes et notamment sa série « Life From Gary » et la plus récente « The Miseducation of Freddie Gibbs » qui va avoir un écho plus que positif. Au delà de la performance artistique, on comprend rapidement que c’est un personnage à part, avec une voix rauque, agressif dans ses textes qui racontent son quotidien dans les quartiers difficiles d’Indiana. Ce classement va lui donner un coup de pouce pour se faire connaître dans le milieu. En 2010, il sort son premier EP « Str8 Killa » où du beau monde s’affiche à ses côtés – Bun B, Jay Rock ou encore Chuck Inglish. La critique est positive, Gibbs se fait un nom petit à petit.

2014

Le parcours de Freddie Gibbs continue à prendre de l’ampleur, à un point tel qu’il est devenu une pièce maitresse du rap jeu. Véritable touche à tout, le trublion d’Indiana impressionne par sa capacité à s’adapter sur des beats totalement différent. Tel un caméleon, Gibbs flamble sur les productions scratchy de Madlib et s’impose comme une force de la nature sur des beats plus féroces. Du hip-hop traditionnel à la trap, il a réussi a se rendre indispensable tant par son style musical que par sa personnalité. Il est nommé comme étant le représentant du « gangsta rap ». En fondant son propre label ESGN, il s’est donné les moyens de réussir et de produire ce qui le chante avec une grande ouverture d’esprit. En conclusion Freddie Gibbs n’a pas encore fini de nous étonner. Il prépare d’ailleurs un nouvel opus qui verra le jour avant la fin de l’année.

Résultat : Pass

Test réussi haut la main pour Gibbs, qui a su saisir une fan-base plus qu’intéressante et faire parti peu à peu du paysage médiatique. Sa productivité depuis ses débuts est saisissante. Au total, déjà des centaines et des centaines de pistes enregistrées où rare sont les projets non concluants. Quand on jette un oeil à cette liste XXL de 2010, il était le rappeur qui avait le plus à prouver. Aujourd’hui il semble indiscutable et peut encore espérer écrire de belles pages de l’histoire du hip-hop.

NIPSEY
2010

Remportant le concours du nickname le plus cool de la promotion, Nipsey Hussle a démarré en trombe sa carrière. Avec sa série « Bullets Ain’t Got No Names » qui regroupe pas moins de quatre mixtapes, Nipsey a conquit la Westcoast et affolé Youtube à coup de millions de vues. Avec un physique qui n’est pas sans rappeler Snoop Dogg – une attitude à la fois provocante et nonchalante – il se fait rapidement un nom, au point de devenir le chef de fil du rap à LA. Qui ne s’est pas trémoussé sur le hit « Hussle In The House » sans oublier « The Hustle Way » ? La venue de Nipsey en 2010 dynamise la scène californienne, qui est à un tournant. Profitant de l’impact amoindri des anciens tels que Ice Cube, Kurupt, Daz Dillinger et consort, il à un boulevard devant lui.

2014

C’est en regardant le parcours de Nipsey Hussle qu’on s’aperçoit que tout va très vite dans la musique. En quatre ans, Hussle est passé de la gloire à la quasi-indifférence. Avec aucun album à son actif, la carrière de Nipsey ne décollera plus. Trop occupé à s’enfumer et à gérer les affaires de son gang, « Rollin 60’s Neighborhood », il s’est reposé sur ses lauriers, pensant qu’il serait toujours le roi de LA en produisant le minimum syndical. Néanmoins, l’homme reste invité sur quelques projets et peut assurément sortir un banger de temps à autres. Ou un coup de folie : en proposant sa mixtape Crenshaw pour 100$ pièce, le bonhomme a fait parlé de lui. En 24h, il en vendu… 1000 (Jay-Z lui-même en aurait acheté 100 copies). De quoi se remplir les poches et, surtout, d’ouvrir une voie novatrice de commercialisation de la musique. Bouffé par la drogue et par la concurrence massive, Nipsey n’a pas le mental, ni l’envie de réussir une bonne carrière. Mais à L.A., sans être le king, il reste une référence.

Résultat : Mitigé

Quand on voit aujourd’hui la scène Westcoast, Nipsey Hussle n’apporte plus rien et s’es fait dépassé par le sang frais qui s’empare de L.A. YG a pris les rênes de la ville avec DJ Mustard comme fidèle producteur, sans oublier Dom Kennedy et SchoolBoy Q. Mais le bonhomme a de l’argent, quelques idées enfumées et, surtout, le respect de ses confrères. Cela suffit-il pour survivre dans le jeu d’aujourd’hui ? Pas sûr.

OJ
2010

OJ Da Juiceman est un personnage haut en couleur. Rappelons qu’en 2008, le rappeur se fait tirer dessus à huit reprises. Il sort de l’hôpital trois jours plus tard et remonte sur scène dans la foulée. Wolverine shit. Né lui aussi à Atlanta, il rencontre Gucci Mane alors que c’est encore un gamin. Excessivement prolifique, OJ est obsédé par la quantité, plus que par la qualité. Alors qu’il n’est pas encore Freshman, il drop une quinzaine de mixtapes, fait des feat avec Jadakiss et R. Kelly, crée son label 32 Entertainment en accord avec Asylum Records et sort son premier album solo en 2009. Rien que ça. Omnibulé par la trap music, le phénomène mi homme mi mutant intrigue XXL qui le met dans sa liste.

2014

Calfeutré dans son rôle de rappeur underground, OJ Da Juiceman n’a pas avancé d’un pouce depuis sa participation aux Freshmen. Si on recense une flopée de nouvelles mixtapes – dont seulement une en 2014 – depuis, le second album quant à lui traîne. Annoncé pour novembre 2013, il a été repoussé d’un an et devrait finalement être disponible avant la fin de l’automne. L’excité de la mixtape qu’on connaissait jadis a bien calmé le rythme depuis ces trois dernières années, devenant de moins en moins visible sur la scène du rap game. Il devrait tout de même faire un peu de bruit pour son grand retour grâce à la fan base qu’il a accumulé avec ses mixtapes, mais nous on a déjà lâché l’affaire.

Résultat : Fail

On peut s’interroger sur la pertinence du casting d’XXL Magazine. OJ Da Juiceman aurait mérité d’être de la partie en 2009. Car en 2010, il avait déjà tout fait, au point d’être en avance sur ses collègues Freshmen. Depuis sa nomination, il n’a fait que stagner. Inévitable fail.

 

Bilan

Ca y est, XXL a trouvé son rythme. Dans la lignée de la très bonne promotion 2009, la sélection de 2010 se focalise sur des rappeurs en phase avec le digital, épaulés par de larges fan base à travers Internet. Cette année on constate un écart de niveau assez impressionnant entre les différents participants. D’un côté on retrouve les J. Cole, Khalifa, Big Sean, machines à cash de cette édition. Et de l’autre, on voit des rappeurs presque tombés dans l’anonymat aujourd’hui comme Pill, Donnis ou Fashawn. Entre les deux, certains mettent un peu plus de temps pour réussir, c’est le cas de Gibbs et de Jay Rock.

En terme de niveau, c’est tout de même moins relevé que l’année précédente. Si certains rappeurs sont tout à fait légitimes, d’autres remettent en question le recrutement d’XXL, un peu raté sur les bords. Sur les dix de départ, seulement deux sont devenus des all stars en terme de vente, J. Cole et Wiz Khalifa. Bien qu’étant le roi des charts – plus d’1,5 millions d’albums écoulés – Wiz voit sa popularité chuter au fil du temps, en atteste des ventes d’albums de moins en moins bonnes. A l’inverse, avec moins de projets au compteur et plus d’authenticité, J. Cole ne devrait pas tarder à le rattraper. Le rappeur de Roc Nation est la véritable étoile de ces Freshmen. Pour conclure, quatre ans et demi après leur grand débuts sur XXL, la promo 2010 est à moitié vivante. Ses principaux figurants sont toujours d’actualité et semblent durablement incrustés dans le rap game. Pas mal, pas mal.

 

Article co rédigé avec les excellents Florian Berger et Cédric Lenerand. Illustrations Antoine Laurent.

Sylvain Caillé
Seul supporter du TFC au Nord-Ouest de la capitale. Noie sa détresse dans l'écriture. Toulouse, Paris.
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