Melopheelo, poète version solo

vendredi 17 mai 2013, par Antoine Laurent.

Le dimanche 31 mars, nous étions à l'avant dernier show de L'Original Festival, au Transbordeur de Lyon. D'ailleurs, si vous voulez relire notre report complet de l'évènement, c'est ici que ça se passe. A cette occasion, et juste après le set des Sages Po, nous avions rendez-vous avec le grand frère du groupe, Melopheelo. Armés des quelques questions composées de concert avec notre partenaire du Vrai Rap Français, c'est un Général P encore fumant de son passage sur scène que nous avons retrouvé en loge. Plus en retrait que les deux autres sages de Boulbi, l'homonyme du meilleur joueur de basket du monde - fan des Knicks spotted - en sait long sur ce qui se trame en coulisse. Il nous en a confié une partie.

SURL : C’était comment ce soir ?
Melo : C’était showtime, bonne ambiance, bon public. On était à l’aise malgré quelques difficultés de sons. Avec l’expérience, on arrive à gérer ce genre de chose !

10ème édition de L’Original, vous étiez déjà venus ?
Non, jamais. Quand on a été sollicité et qu’on connaissait la réputation du festival, on s’est directement dit « on y va ». Les festivals hip hop, y en a pas énormément. En revanche, je savais pas que ça faisait 10 ans que L’Original existait, ce fut une bonne surprise.

Quoi de neuf pour les Sages Po ? Le dernier album ne date pas d’hier.
Effectivement, le dernier album en studio date de… (il réfléchit) 2002. Ensuite, on a sorti des albums qui étaient plus considérés comme des albums concepts, notamment avec les « Trésors enfouis ». Mais même sans faire de nouveaux projets on tourne beaucoup ; il faut savoir qu’on a aussi la casquette de producteur, on est constamment sur le terrain ce qui fait qu’on a pas trop le temps de se consacrer sur notre carrière. On pense à des morceaux, le fait de faire beaucoup de concerts permet de captiver l’attente des gens et on attend d’être au calme pour se remettre sérieusement en studio.

 Parce qu’en fait, le tout début du groupe, ça remonte à quand maintenant ?
A très loin. Le premier album est sorti en 1995, « Qu’est ce qui fait marcher les sages ? » avec mon frère [Zoxea] et Dany Dan. Et justement, ce qui est marrant c’est qu’on a des jeunes, voire des très jeunes, qui connaissent nos paroles. C’est ce qui nous fait dire qu’on doit continuer. Nous, la musique, on la voit comme quelque chose d’intemporel et comme mon frère l’a dit dans le morceau « 60 piges », tant qu’on aura encore cette passion, cette envie, on continuera.

 Quand vous vous retournez sur ces 18 années, de quoi êtes vous le plus fiers ? Vous avez des regrets ?
On est vraiment fiers de notre longévité, d’être encore là, de faire des scènes et de voir que c’est rempli, qu’il y ait des anciens ou des nouveaux. On n’est pas dans le délire puriste, la musique c’est quelque chose qui doit être partagée de 7 à 77 ans. C’est surtout la fierté de voir des gens heureux quand on fait des titres, de toucher des personnes. On est sérieux dans le travail, on se prend pas la tête sur telle ou telle chose, on passe un bon moment et après, on passe à autre chose.

Pour les regrets, je ne pense pas que tu doives vivre avec, sinon tu n’avances pas. On a mis en avant des groupes qui aujourd’hui fonctionnent, donc ça aussi c’est une sorte de fierté. Après, il y a toujours des petites erreurs de parcours car dans ce business là tu apprends au quotidien, même après 20 ans de carrière. Tu peux toujours avoir des lacunes. A l’époque, on n’a pas été assez bien encadrés. Il y avait trop de gens au début qui étaient autour de nous pour servir leur propre intérêt et non pas pour le service du groupe. Aujourd’hui, on ne fonctionne plus en équipe mais en famille. Tous ceux qui gravitent autour de nous, ce sont des gens qui ont toujours été avec nous.

 On a le premier album de Lunatic dans nos tiroirs qui n'est jamais sorti.

 Tu parlais de personnes, de groupes, d’artistes que vous aviez mis en avant. Booba, c’est l’un de ces artistes que vous avez réussi à faire grimper un peu ?
Oui, Booba et plein d’autres. Booba, à l’époque, était dans notre collectif « Beat De Boul » et il évoluait en parallèle sur Lunatic avec Ali, avec qui on est d’ailleurs toujours en bon contact, il nous a invité sur son prochain album. C’est un très bon souvenir. Après, le temps fait que chacun part de son côté, mais toujours en gardant un oeil sur ce que les autres font. On a croisé Booba récemment en Suisse, il jouait aussi, on s’est revu et c’était cool. On a toujours gardé des bons contacts, c’est vrai que dans ce milieu là, quand t’es avec des gens et qu’on se sépare, l’opinion fantasme et annonce tout de suite que t’es en guerre. Les vrais, ils savent, on a pas besoin d’épiloguer. Booba, il est depuis longtemps avec nous. On a le premier album de Lunatic dans nos tiroirs qui est jamais sorti.

Et ils ne vous le reprochent pas là ? Pourquoi ne pas le sortir, simplement ?
Si tu veux, je ne peux pas te dire qu’il ne sortira pas un jour. Je pense que tu as la réponse. A une époque, c’était à deux doigts de sortir, juste avant que Booba sorte son album « Lunatic ». C’était en bonne voie, et puis après les choses de la vie ont fait que… Mais c’est toujours possible.

On te voit beaucoup sur les réseaux sociaux, tu t’y es d’ailleurs bien plus fait que d’autres « anciens ». Tu as directement mesuré leur importance ?
Bien sûr que c’est important, c’est comme le téléphone. A l’époque, comment on communiquait quand on n’avait pas les portables ? Y avait les magazines mais ils ont disparus, comme Radical, L’Affiche, etc. Il y a eu une mutation comme dans la musique en elle-même : on est passé du CD au numérique, tu n’as même plus besoin de te déplacer pour t’approprier quelque chose aujourd’hui avec Deezer, Spotify ou Youtube. Les réseaux sociaux te permettent d’avoir une proximité avec les artistes et les gens qui te suivent. C’est une révolution, c’est ce qui fait qu’aujourd’hui on peut discuter, se rencontrer. Si c’est bien fait, ça te permet de garder ton public ; y a des artistes que tu ne vois pas à la télé, à la radio mais ils te remplissent des salles de concert. Pourquoi ? Parce qu’ils sont vachement actifs sur les réseaux, ils ont réussi a créer leur fan base et dès qu’ils ont une actu avec un album ou une tournée, les gens sont au courant.

Ça supprime les intermédiaires, en somme.
Pour l’anecdote, c’est JM [ndlr, le directeur du festival L’Original] qui m’a contacté par Twitter pour ce soir. Après, on a fait le relai avec le tourneur, mais ça a démarré de là. Si il n’y avait pas ce réseau, ça se serait passé différemment, mais le fait de passer directement avec l’artiste au final, c’est pas plus mal.

 Et du coup, pour les Sages Po, dernier album en 2002 : on est en 2013, ça chauffe ?
Ça va commencer à chauffer. Ca chauffe déjà dans les crânes depuis un moment. Après, il fallait qu’on se restructure, qu’on repense studio. A l’époque, quand mon frère enregistrait son album « Tout dans la tête », vu qu’on était en studio on commençait déjà à enregistrer des trucs pour les Sages Po. D’ailleurs, « Showtime » aurait du être le premier morceau à figurer sur l’album. Mais on a eu un dégât des eaux dans le studio et ça a mis un vrai coup de frein, on était sur la bonne lancée. C’était en 2011. A chaque fois des petites galères comme ça nous freinent. On s’est reconcentré sur l’aspect prod et les concerts mais maintenant, on est plus disposés dans nos têtes a se concentrer et à travailler sur un nouveau projet.

Y a déjà un titre d’album de prévu ? Ou c’est l’étape brainstorming ?
Ouais, y a déjà un titre qui a été pensé en tout cas. C’est Zoxea qui a eu l’idée, quand il me l’a dit j’ai fait « bien joué »… (rire) C’est un peu comme une rétrospective mais intemporelle. Ce titre, je pense qu’il va parler à toutes les générations.

Pour 2013 ou 2014 ?
On est déjà en 2014 pour moi, on est déjà au mois d’avril. On vient de signer un nouveau groupe, MZ, faut qu’on les développe. Eux, en plus, c’est des jeunes. Ils sont vifs, dynamiques, donc ça aussi ça va nous booster pour se remettre dans la compétition. Peut être qu’on enverra du son, de l’image. Nous, un album, faut qu’on prenne le temps, ça peut aller très vite. Tu as vu avec « Showtime », la magie a fonctionné direct. Faut juste qu’on soit enfermés et le reste se fait tout seul.

Merci à liloopix pour la photo, àMelopheelo et à L'Original, comme d'hab.

Antoine Laurent
Coach-joueur depuis le jour un. Bougnat véritable. Paris.
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